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le guide de lectures > les flâneurs émerveillés >> p1


De longues déambulations, des rencontres, une écoute, des échanges, un regard «de biais» sur les choses et le monde... pour ces écrivains voyageurs le temps ne presse pas, et le voyage est souvent une suite de petites découvertes qui font de grands bonheurs. Sur cette page:

Marc ROGER – Sur les chemins d’Oxor - Julie SIBONY - Méditerranée - Un an de route et d'échanges. Pierre SANSOT - Chemins aux vents. David Le BRETON - Éloge de la marche. Michel Le BRIS - La porte d'or. Georges PICARD - Le Vagabond approximatif. Michel CHAILLOU - la France fugitive.

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«Il y les voyages dont on rêve, il y a ceux qu’on s’autorise à faire, ceux qu’on pense avoir faits. Lesquels méritent le plus d’être contés?» Marc ROGER - Sur les chemins dOxor.

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Marc ROGER – Sur les chemins d’Oxor

«A pied, en livres et à haute voix.» Telle est la devise de l’auteur, qui se présente comme Lecteur public, et dont le récit est titré Sur les chemins d’Oxor – chroniques méditerranéennes (2003 – 2004) et raconte un voyage d’un an, un an de lectures dans les pays de la méditerranée. Ce voyage sera l’occasion de constats, de réflexions, de prises de positions. De rencontres avec des gens pour qui un départ «n’est rien d’autre qu’un drame, car payé sans retour.» Lire un texte à des adultes dans une bibliothèque n’a pas le même effet à Mostar qu’à Nevers. Où sont le rire et le rêve ? Remplacés par le silence et la douleur. Sarajevo, la Perle des Balkans « a du mal à briller. Difficile aujourd’hui de nous vendre du rêve.»

«Dès que la terre un peu plane offre à l’homme quelques distances où loger son sommeil, poser sa nourriture et coudre d’épouse à mari les lendemains de l’espèce, il y a de la merde alentour.» C’est valable en Grèce comme ailleurs. A Istanbul, la ville est si bruyante que l’on peut «l’écouter les yeux fermés.» Mais le peuple turc, sympathique, généreux,  parmi lequel on peut voir en une journée autant de femmes voilées que de pin-up en jeans, autorise peut-être l’espoir. Il doit être possible de « trouver de la mesure dans le respect des différences.» Turquie, Syrie, Libye. Comme dans beaucoup de récits de voyages nous avons droit au chapitre «passage de frontière» et au délire des hommes, «qui aiment à bâtir entre eux des murs, de préférence infranchissables.» Ici racket et trafics en tout genre. Là, une fois entré dans le pays, un peuple qu’on infantilise et que l’on oblige poliment à écouter le conteur.

Oxor? Un pays imaginaire, entre Orient et Occident ? L’auteur : Un griot, un conteur, un voyageur, un écrivain qui nous livre ses réflexions sur sa pérégrination d’un an sur les routes et plus de vingt mille kilomètres parcourus entre l'Italie, la Croatie, la Bosnie, le Monténégro, la Serbie, la Macédoine, la Grèce, la Turquie, la Syrie, le Liban, la Jordanie, Israël, la Palestine, Chypre, la Libye, la Tunisie, l'Algérie, le Maroc et l'Espagne. «Je ne me souviens bien d’un pays que par les rencontres que j’y fais, que parce que les gens veulent bien me dire de leur façon de vivre, pleurer, rire, dormir et manger.» Et ceci : «Il y les voyages dont on rêve, il y a ceux qu’on s’autorise à faire, ceux qu’on pense avoir faits. Lesquels méritent le plus d’être contés?»

Ce voyage bien réel dont le récit nous a été compté, plein de rencontres, de bonnes ou mauvaises surprises, d’espoirs aussi, fait quand même l’objet d’un constat encore bien amer :  «Est-ce assez d’être un simple lecteur des contrastes du monde sans ne rien pouvoir faire?» Est-il admissible aujourd’hui, pour un conteur, de ne pas pouvoir exercer sur une place publique ? Est-ce «faute d’audace ou bien de liberté ? Malheureusement de la seconde, la grande absente de la plupart des pays traversés.» C’est quand même une invitation au voyage. Et à la lecture.

Les premières lignes : «Avant toute chose, je suis lecteur… Choisir le sens de ma circumnavigation en fonction même des écritures. De gauche à droite, pour aller lire de Marseille à Beyrouth, puis à partir du Sinaï, quand on regarde la carte, marcher de droite à gauche jusqu’à l’Atlas, pour être en quelque sorte en phase avec le monde arabe. Mer coté droit, debout, je marcherai la terre à gauche, coté duquel, lorsque je lis, je tiens le livre en main.» Actes Sud 2005.


Entre août 2004 et août 2005, Julie Sibony effectue le tour de la Méditerranée en camionnette avec son amie de lycée Axelle Hutchings pour s’interroger sur l’identité méditerranéenne : 33 000 kilomètres parcourus, 20 pays traversés et pas moins de 85 objets troqués.


Julie Sibony voyage dès son enfance en Italie et au Maroc, le pays d’origine de son père. En 1996, elle séjourne à Florence pour achever une maîtrise d’anglais sur le cinéma de Lubitsch et suivre des cours de photographie, spécialisations qu’elle a ensuite poursuivies à l’Université de New York. Sans cesser de voyager, notamment au Proche-Orient et en Asie centrale, elle obtient un DESS de traduction littéraire anglais/français et s’essaie comme assistante de réalisation sur des documentaires pour Arte, Canal Jimmy et la BBC. Julie Sibony parle couramment l’anglais et l’italien, se débrouille en espagnol et apprend l’arabe. Elle a traduit une vingtaine de romans et d’essais de langue anglaise. 

Julie SIBONY - Méditerranée - Un an de route et d'échanges

Méditerranée est plus un reportage qu'un récit de voyage, dans le sens où nous sommes bien avec l'auteur là où il est  mais pas vraiment dans ses pensées. En dehors du texte qui la présente, nous n'apprendrons pas grand chose sur l'auteur ni sur ses états d'âme. Sinon ceci:

«Ce n'est pas un hasard si j'ai choisi de faire le tour de la Méditerranée en camionnette, sans quitter le plancher des vaches: je n'ai pas, mais alors pas du tout le pied marin.»

Reportage, donc, avec comme point de départ un parcours choisi: les pays qui bordent la Méditerranée - soit le même parcours, en gros, que celui que Paul Theroux raconte dans Les Colonnes d'Hercule ou les routes que Marc Roger décrit dans Les Chemins d'Oxor - et un principe, une belle idée: troquer un objet symbolique de cette supposée entité, de main en main, de ville en ville, de pays en pays. Le résultat: un an de voyages, 85 objets troqués, et 85 portraits. Et un récit.

Dans ce récit il est donc surtout question de rencontres. L'auteur a toujours été à l'écoute de la vie quotidienne, dans toutes ses composantes. Julie la nomade ne pouvait manquer de rencontrer d'autres nomades.

«Nomades, les charpentiers de marine le sont par définition. Autrefois ils étaient embarqués et ils réparaient en mer; dans la hiérarchie navale, le charpentier était le cinquième homme le plus important à bord. Aujourd'hui ils continuent à voyager de port en port, pour une simple question de mobilité: le charpentier est plus facile à déplacer que le bateau, il n'a besoin pour bagages que de sa caisse à outils et de son savoir-faire.»

On peut lire ce livre comme il est prévu de la faire, du début à la fin, dans l'ordre des pages, mais on peut aussi faire le tour de la méditerranée avec les seuls titres des chapitres, qui résument tout: bateaux; diaspora; table; femmes; hospitalité; frime; flânerie; croyances; identités; frontières; etc., ou, pour l'ambiance, lire d'abord les vignettes qui décrivent les objets troqués et surtout pourquoi ils ont été choisis. Il s'agit évidemment à chaque fois d'un objet très symbolique de la région, du plus simple au plus riche, du plus éphémère au plus ancien, comme par exemple un pain, une nappe, un pichet, des boucles d'oreille, une statuette, un pavé...

Julie SIBONY est aussi une photographe, et cela se sent dans ses descriptions de lieux et de paysages. Séville.

«Ici les cathédrales ont des minarets e guise de clochers, et le centre historique est entouré de remparts bordés de palmiers qui n'ont rien à envier à ceux de Marrakech. Les ruelles sont aussi étroites et tortueuses que dans la médina de Fès, et la maison sévillane typique s'organise autour d'un patio rafraîchi par une fontaine, tout comme les riad marocains. Partout, arabesques et azulejos rappellent la période arabe de la ville.»

Ce récit est une promenade géographique et culturelle, à travers des rencontres souvent très ancrées dans la réalité et dans un environnement local, ce qui donne au premier abord une idée du grand désordre de cette entité géographique que l'on nomme «Méditerranée», et de sa «culture», puis, au fond, la réalité se dessine sous la forme d'un patchwork, un assemblage à première vue hétéroclite, mais qui donne à la fin une impression de cohérence. Peut-être par ce qu'il y a quand même quelques dénominateurs communs.

Le blé, la vigne, le thé ou le café, selon les endroits, sont des emblèmes communs à cette entité géographique. Mais existe-t-il un dénominateur commun à tous ces pays? Selon Julie ce serait «l'olivier, dont le feuillage argenté recouvre les plaines et les collines. Il est le marqueur incontestable, objectif, quantifiable du monde méditerranéen.» 

Une mention pour la maquette assez «enlevée» (selon les termes de l'éditeur) de cette nouvelle collection. Format carré, de taille intéressante, caractères bien lisibles, texte page de gauche, photos page de droite... Très actuel. Une réussite.

Extrait - «Il est 19 heures, et le soir tombe sur la Méditerranée. La lumière baisse, la chaleur aussi. À Naples, Athènes, Séville, on en profite pour prendre un peu le frais : un tabouret en osier, une chaise en bois, un banc public, et la rue devient une annexe de la maison. Sur les campi de Venise, de petits attroupements se forment, où tous ont un verre à la main : c’est l’heure du spritz, l’apéro local. La Strada Nova, seule rue large et à peu près rectiligne de la ville, s’ouvre à la passeggiata. Prenez-la à un bout pour avoir toute la longueur devant vous, et marchez l’air de rien. Un peu moins vite : ce n’est pas la destination qui compte, c’est le chemin. Pas trop lentement non plus, sans quoi vous risqueriez de paraître désœuvré. Tout est dans la cadence : résolue mais disponible, absorbée mais décontractée. En version espagnole, ça se passe sur les Ramblas de Barcelone et ça s’appelle le paseo. Arrivé à l’autre bout, faites demi-tour et recommencez en sens inverse. Combien d’allers-retours ? Tout dépend de la distance à parcourir. Le Stradun de Dubrovnik en mérite au moins six ou sept, tandis que l’interminable corniche de Beyrouth se contentera d’un seul passage. À moins d’opter pour le vélo. Mais attention, ça monte, et il faudra éviter joggers et rollers qui, walkman aux oreilles, resteront sourds à vos coups de sonnette. Sur le mail d’Alexandrie, étiré d’un bout à l’autre de la baie, vous devrez choisir : marcher vers la gauche ou la droite ? Vers le fort de Qaït Bey et le phare disparu, ou vers la toute nouvelle Bibliotheca Alexandrina, reconstruite à l’emplacement de son illustrissime ancêtre ? Et pour le retour : côté ville ou côté mer? Éditions Transboréal.


«Un chemin se reconnaît au fait que l’autre passant devient notre semblable et qu’il nous paraîtrait inconvenant de ne pas le saluer.» Pierre SANSOT


 

Pierre SANSOT - Chemins aux vents

Des chemins. Des chemins à parcourir ou des souvenirs de chemins parcourus. Et bien que l’auteur nous conduise sur ses chemins parfois en train (mode de voyage inadapté, selon lui, car l’acclimatation aux changements de climats, de langues, de cultures, est trop rapide) ou même en voiture (et sur autoroute), l’essentiel de ses réflexions procèdent de l’éloge de la lenteur, titre de son précédent ouvrage, et nous conduisent plus souvent, en une vingtaine de chapitres, à pied (ou, à la rigueur à vélo) sur des sentiers de halage ou muletiers. En chemin il faut prendre son temps - en effet : «que serait un chemin que l’on voudrait parcourir d’une seule traite ?»-, il faut apprendre à regarder, même là où apparemment il n’y a rien, et chercher ailleurs que «dans un monde reconnu et quadrillé» où tout le monde est déjà passé. «Les chemins de nulle part se font de plus en plus rares. Il faut désormais plus de flair pour les découvrir et les entreprendre.»

Mais au fait, qu’est-ce qu’un chemin ? Réponse magnifique de Sansot : «Un chemin se reconnaît au fait que l’autre passant devient notre semblable et qu’il nous paraîtrait inconvenant de ne pas le saluer.» Et ceci est également valable en ville. Car il y a aussi les «chemins de la ville.» Routes rugueuses ou raccourcis de montagnes, pistes enneigées ou sentiers balisés, au bout d’un chemin il y a toujours une sorte de bonheur. «Le chemin nous rend humble. A la fin d’une journée éprouvante il est beaucoup plus question de ses pieds, de ses chaussures que de problèmes métaphysiques. D’une ampoule en train de s’infecter plus que d’une thématique à la mode.» Et quand les petits bobos seront soignés il sera temps de se plonger dans un récit de voyage. Ou d’écrire le sien. Parole d’écrivain : «Je crois que les récits de voyages ont été bénéfiques à la littérature. Ils nous permettent d’échapper à un intimisme douillet dans lequel nous nous complaisons : hors du divan, de la chambre à coucher, d’une réception mondaine, point de salut pour certains écrivains. Comme si l’univers s’était rétréci...» Allez, sortons ! Il y a toujours un chemin quelque part.

Les premières lignes. «Je ne sais jamais trop où un chemin me mènera et s'il me mènera quelque part. En revanche, je suis assuré de ce à quoi il me soustraira: à un assoupissement qui n'est pas une forme de sagesse, à la résignation, au repli sur soi - et la solitude qui parfois l'accompagne n'a rien d'amer: elle me restitue à ce qu'il y a de grave et de doux en moi et demeure mon compagnon: le chemin.» (Payot & Rivages 2000.)

A lire aussi: Pierre SANSOT est anthropologue; parmi les livres proches de notre sujet, citons: Jardins publics (Payot 2003) On a souvent reproché aux jardins publics d'être impersonnels. Pierre Sansot y voit au contraire des lieux de rencontres, parfois de heurts, en tout cas d'émotions partagées. Il en restitue ici la beauté déconcertante, les personnages qui les habitent quotidiennement (gardiens, mères de famille, enfants brailleurs, dragueurs, commères, petites gens, paumés, simples passants) et les rituels qui s'y déroulent, montrant que pour être authentique un jardin se doit tout à la fois d'éblouir nos sens et de nous interroger sur notre destinée. On lira aussi de délicieux ouvrages pleins de poésie et de réflexions: Le Goût de la conversation (Desclée de Brouwer 2003); Les gens de peu (PUF 2002); J'ai renoncé à vous séduire (Desclée de Bruwer 2002); Du bob usage de la lenteur (Rivages 2000).


David Le BRETON - Éloge de la marche

D'un coté il y a la «modernité». Les encombrements urbains et la bagnole tragique. Les écrans d'ordinateurs et les cd-rom qui proposent des randonnées virtuelles. L'homme pressé. De l'autre il y a la flânerie, «que nos sociétés ne tolèrent pas plus que le silence», la marche, le voyage. Et nos pieds. «Il n'y pas de racines à nos pieds, ceux-ci sont faits pour se mouvoir.» Entre les deux l'auteur a choisi. Il parle donc de «la marche consentie le plaisir au ventre», à travers récits et souvenirs de chemins, et convoque des auteurs, des voyageurs, comme Stevenson, Patrick Leigh Fermor ou Pierre Sansot, avec qui «il s'agit seulement de marcher ensemble et d'échanger des impressions comme si nous étions autour d'une bonne table dans une auberge du bord de route, le soir, quand la fatigue et le vin délient les langues.»

Plaisir de la marche, plaisir de la lecture. Aucun ennui, donc, pour celles et ceux qui aiment cette littérature. Les parties du livre sont comme les aléas d’un voyage. On se lance, ce sont les premiers pas. Le temps n’a plus d’importance, sinon que «la seule hâte est parfois celle d’aller plus vite que la tombée du jour». On retrouve son corps et ses sensations, certaines pas toujours agréables, comme le poids du sac à dos, d’autres plus proches du bonheur, comme le chants des oiseaux, un repas dans un gîte. «Il n’y a pas de pipe qui vaille celle que l’on fume après une bonne journée de marche» écrivait Stevenson. On se blesse, on dort, on chante, seul ou à plusieurs, selon que l’on a choisi le voyage en solitaire ou un pèlerinage sur des chemins partagés. On écrit son voyage. «Le vrai départ commence avec la première ligne du texte» du journal que l’on ne manquera pas de tenir régulièrement et religieusement.

Enfin on revient, on rentre. Tout voyage a une fin. On a vu, entendu, rencontré, humé, touché. Il y a plusieurs façons de rentrer. «Les pas se précipitent ou se font plus lourds selon le désir de renouer ou non avec les autres, avec la vie ordinaire momentanément mise entre parenthèses.» On a vécu toutes sortes d’émotions, physiques, sensorielles, voire spirituelles. Et il n’est pas toujours facile de revenir. Qu’importe ! «Qu’importe en effet l’issue du chemin quand seul compte le chemin parcouru. On ne fait pas un voyage, le voyage nous fait et nous défait, il nous invente.» Un livre facile et plaisant, des pages pleines d’idées et de rencontres, dans lesquelles on se retrouve. Riche bibliographie.

Les premières lignes. «La marche est ouverture au monde. Elle rétablit l'homme dans le sentiment heureux de son existence. Elle plonge dans une forme active de méditations sollicitant une pleine sensorialité. On en revient parfois changé, plus enclin à jouir du temps qu'à se soumettre à l'urgence prévalant dans nos existence contemporaines.» (Éditions Métaillé, 2000)

A lire aussi: David Le Breton, professeur à l'université des sciences humaines de Strasbourg, a écrit de nombreux livres de sociologie. Il a dirigé le numéro L'aventure - La passion des détours, aux éditions Autrement 1996.


«Pourquoi, un jour, prend-on le large? (...) On part, un jour, parce que l'on veut croire qu'un regard peut triompher des bornes de la pensée. Ou parce qu'un goéland, là-bas, aura crié trop fort. Ou bien, tout simplement, parce qu'on s'ennuie.» Michel LE BRIS


 

Michel Le BRIS - La Porte d'or

En 1983 Michel Le Bris part à la recherche de l'Ile au trésor. Son voyage, et son aventure, commencent en Californie, au sud de San Francisco, parmi les villes fantômes et les mines éboulées de la Santa Lucia. L'endroit est sauvage et difficile d'accès. «Tout ce qui, dans la nature, pouvait déchirer, mordre, écorcher, lacérer, griffer, empoisonner, semblait s'être rassemblé ici pour nous interdire le passage.» C'est pourtant là que vers 1848 sont arrivés des hommes prêts à tout, surtout à vivre leurs rêves les plus fous, les «traqueurs d'absolu se consumant au feu brûlant de leurs chimères»: les premiers chercheurs d'or. D'où le nom de cette région : la porte d'or. Ce terme est plus évocateur en anglais: Golden Gate.

Avec Le Bris on suivra les traces de ces aventuriers, pour la plupart écœurés d'un Vieux Monde qui ne voulait plus d'eux, et qui participèrent à cette mythique ruée vers l'or. Le plus formidable mouvement de population depuis les croisades, selon l'auteur. Et l'on visitera les mines abandonnées mais encore vivantes de souvenirs. Là où des hommes et des femmes (on croisera Lola Montes) n'avaient eu le choix qu'entre laisser enter en eux le wilderness et devenir fous, ou mourir.

Toujours dans la même région de Californie, vers Monterey, une deuxième partie nous entraîne sur les pas de Robert Louis Stevenson, qui, en 1879, a quitté l'Angleterre et une carrière toute tracée mais ennuyeuse, pour rejoindre Fanny. Et pour devenir, après un voyage au bout de l'enfer, un grand écrivain. Enfin, dans la dernière partie de l'ouvrage, Le Bris nous conduit sur les pas de Jack London, qui, lui aussi, avait sillonné la Californie pour retrouver les traces de tous ces aventuriers. Lieux aux sonorités marquantes: la Vallée de la Lune, la Maison du Loup (Wolf House).

Bien sûr ce voyage sera aussi l'occasion d'un questionnement sur soi-même et sur sa propre quête. «Pourquoi, un jour, prend-on le large? (...) On part, un jour, parce que l'on veut croire qu'un regard peut triompher des bornes de la pensée. Ou parce qu'un goéland, là-bas, aura crié trop fort. Ou bien, tout simplement, parce qu'on s'ennuie.» Enfin, avant de révéler la découverte qu'il fera au terme de son voyage, il propose une réflexion sur le voyage et la littérature. Les livres qu'on lit avant et ceux que l'on écrit après.

Indispensable évidemment si vous randonnez du coté de Monterey. Si vous voyagez dans votre salon, ouvrez un atlas en même temps que vous lirez ce livre. Et aussi un guide touristique sur la Californie. Vous serez dans l'ambiance...

Les premières lignes. «Ce Cabeza de Vaca sorti en 1536 du désert de Culiacan, en haillons, les yeux vides, après huit années d'errance sans armes ni ressources dans l'Amérique immense, qu'avait-il vu là-bas qui le faisait encore marcher, oubliant derrière lui ses trois cents compagnons massacrés?» (Éditions Grasset / Le Seuil)

A lire aussi: Michel Le Bris, écrivain, philosophe, responsable de collections, est l'auteur de nombreux ouvrages. Il a beaucoup écrit sur sa Bretagne natale: Bretagne du monde entier (National Geographic, collection France vagabonde); Un Hiver en Bretagne (Le Seuil 1997); il est un des spécialiste de Stevenson; il a publié plusieurs livres sur le monde de la piraterie et la flibuste; Il est le fondateur du festival Étonnants Voyageurs.

L'Homme aux semelles de vent (Payot) Que serait un voyage sans le livre qui l'avive et en prolonge la trace - sans le bruissement de tous ces livres que nous lûmes avant de prendre la route ? Samarcande, Trébizonde, tant de mots, dès l'enfance, qui nous furent comme des portes, tant de récits, tant de légendes ! A sa parution, en 1977, L'Homme aux semelles de vent fut salué comme un livre en rupture avec les idéologies du temps.

Pour saluer Stevenson (Flammarion 2000) Michel Le Bris salue Stevenson, en nous invitant à le suivre par les chemins du monde. Voyages réels ou imaginés, les romans de Stevenson ont bercé plus d'une enfance, éveillé bien des vocations. De L'Ile au trésor à Docteur Jekyll et mister Hyde tout, dans cette œuvre qui fascina tant Henry James et Jorge Luis Borges est admirable et infiniment troublant. Au sortir de ce nouveau livre on se dit qu'elle reste pourtant à découvrir...

Dans la collection Étonnants voyageurs qu'il dirige aux éditions Hoëbeke, il a publié notamment: Nouvelles voix d'Afrique (2002); Anthologie des écrivains de Gulliver (1999) Nicolas Bouvier, Bruce Chatwin, James Crumley, Jim Harrison, Jacques Lacarrière, Jacques Meunier, Redmond O'Hanlon, Hervé Prudon, Salman Rushdie... Quelques noms parmi tant d'autres, pour un exceptionnel panorama de la littérature voyageuse.


Georges PICARD - Le Vagabond approximatif

«Je marche, je passe, et voilà tout.»

Ces récits (courts chapitres, l’idéal pour lire en flânant) nous conduisent en Berry (une fête foraine à La Châtre, sur les pas de Balzac à Issoudun), en Auvergne (où l’auteur subit un orage qui lui permet de se poser des questions très intéressantes sur la vie, la mort et tout ça…), en Touraine et dans les Cévennes (sur le sentier d’un célèbre écrivain écossais). Les paysages sont prétextes à des réflexions, des méditations, souvent amusantes, parfois hilarantes, toujours pertinentes, sur les cafés, la météo, les chambres d’hôtels et leur plomberie.
On traversera avec l’auteur des paysages «à la simplicité du désert» de la Beauce, là où «les amateurs de tableaux ont autant de Van Gogh qu’ils désirent» ; des centres commerciaux de banlieue, composants actuels et incontournables de la nature. On fera des rencontres, celle, inévitable du chien, qui «a été éduqué dans un esprit de ségrégation vis-à-vis des marcheurs»; des bûcherons solognots, avec leurs bruyantes tronçonneuses ; et quelques illuminés que l’on ne croise que si l’on est soi-même en errance.

On se posera pas mal de questions. Est-il inéluctable que «la marche solitaire engendre une certaine monotonie» ? Est-il vrai que «contrairement à ce qu’imaginent les esprits poétiques, il n’y a rien au bout de la route, aucune prétendue " découverte de soi ", puisque dès les premiers pas, on est déjà tout soi-même, l’accumulation de kilomètres apportant une preuve corporelle, mais certainement pas spirituelle de l’existence» ? Une séance de " vachothérapie ", qui consiste à parler aux vaches, les yeux dans les yeux de cet animal méditatif, apportera peut-être les réponses.

«On peut tout trouver dans un livre si on le garde avec soi pendant les voyages, le lisant et le relisant lentement, au gré des arrêts, des siestes et des hôtels.» On peut essayer celui-ci. Il suffira de picorer au hasard des pages, on y trouvera toujours quelque chose.

Les premières lignes : «Je me méfie des expéditions lointaines entreprises par des voyageurs incapables de faire le tour de leur chambre. Ce qu’on ne sait pas découvrir à deux pas de soi, on ne le trouvera pas mieux aux antipodes.» Librairie José Corti - 2001.


 

«J’aime les récits de voyages, pas tellement voyager, ou alors à pas comptés, contés par d’autres dont je chausse les traces.» Michel CHAILLOU


Michel CHAILLOU - La France fugitive

Pendant deux ans l’auteur et son épouse Michèle ont sillonné les routes de France. Il en rapporte une sorte de «voyage sentimental» fait de bribes et de brocs, d’annotations, de rêveries. De Cassis ou Vesoul, avec Virginia Wolf ou Michelet : les rencontres sont fortuites ou recherchées, l’humeur est vive ou vagabonde.

Comme d’autres écrivains voyageurs, Michel CHAILLOU a du mal à partir. «A force d’analyser si je pars, partirais-je ? Cette manie de me rendre à la gare des heures à l’avance pour endormir le voyage dans les nuages de l’attente.» Il finit néanmoins par partir, tel un «oiseau migrateur» pour qui la «rêverie a aussi ses saisons». Il avance «un pied dans le présent, un autre dans le passé et profitant des descentes" et nous propose de courts chapitres.
«J’aime les récits de voyages, pas tellement voyager, ou alors à pas comptés, contés par d’autres dont je chausse les traces. Peu importe la pointure, l’essentiel étant de ressusciter la poussière ailée de leurs semelles, de prendre garde à toutes ces ombres enfouies dans le grand hasard des chemins, leurs paroles relatives restées dans les arbres, les fonds de campagne, jardins.» La phrase est belle. Le ton du livre est souvent parlé, complice. Mais je l’avoue : je n’ai pas accroché. Sans doute un mauvais moment. Je pense pourtant que ce livre est plein de richesses et de poésie. Je le reprendrai un autre jour.

Les premières lignes de Le voyageur avant le voyage: «A dire vrai, je n’ai jamais su partir. D’abord pour partir, il faut être là, or je suis tellement toujours ailleurs, distrait, préoccupé, filant ma laine... Ensuite quitter, s’en aller, tous ces mots qui tournent le dos, pas mon être. Même laisser tomber, plus vertical, ou foutre le camp, en dépit de son ambition lascive.» Librairie Arthème Fayard 1998, repris en Livre de Poche.

A lire aussi: Michel Chaillou, né à Nantes, a passé son adolescence au Maroc. Il a publié une vingtaine de livres, dont Le Sentiment Géographique (1976), Domestique chez Montaigne (1983), La Vie privée du désert (1995), Le Ciel touche à peine terre (1997), et Indigne Indigo (2000). Il a créé et dirigé la collection Brèves Littérature (24 volumes parus aux éditions Hâtier).

La Fleur des rues - Petit guide pédestre de la littérature française au XVIIème siècle. Paris sous Henri IV, Louis XIII. Malherbe parle à Racan, Maynard sort à l'instant. Au cabaret chahute Saint-Amant. Théophile est au cachot. Connaissez-vous Siméon-Guillaume de la Roque? Sur le pont Neuf qui vient juste d'enjamber la Seine officie Tabarin. Petit guide du Tout-Paris littéraire du XVIIe siècle. Fayard 2000.


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