Accueil
Actualité
Guide de lectures
Bibliothèques
Histoire
Textes et citations
Liens
Contacts


 

le guide de lectures > les flâneurs >> Gilles LAPOUGE


De longues déambulations, des rencontres, une écoute, des échanges, un regard «de biais» sur les choses et le monde... pour ces écrivains voyageurs le temps ne presse pas, et le voyage est souvent une suite de petites découvertes qui font de grands bonheurs. Grand voyageur, lecteur à l'érudition immense et jamais pesante, esprit partagé entre la nostalgie et l'émerveillement, Gilles Lapouge est l'un d'entre eux.. Sur cette page:

Gilles LAPOUGE - L'Encre du voyageurBesoin de mirages - En étrange pays - Le Bruit de la neige.


Gilles LAPOUGE - La maison des lettres - Conversations avec Christophe Mercier. Phébus 2009.

> Notes de lecture à venir.

Gilles LAPOUGE - La maison des lettres - Conversations avec Christophe Mercier

Ecrivain inclassable et éclectique, Gilles Lapouge a été considéré comme un philosophe réfractaire aux idées à la mode (Utopie et Civilisations), comme un «écrivain voyageur» (Les Pirates et Equinoxiales sont des textes de référence), comme un romancier fou de Stendhal et de Giono (La Bataille de Wagram). Aujourd'hui, il est reconnu tout simplement comme un grand écrivant français. Dans ces conversations amicales et complices il parle pudiquement de lui: son enfance en Algérie, son adolescence à Aix, sa famille lumineuse et tant aimée, ses amitiés, ses rencontres. Il raconte Paris après la guerre, le Brésil des années cinquante, la presse, la télévision et la radio. Il évoque longuement chacun de ses livres: on pénètre dans l'atelier de l'artisan. Il explique aussi en quoi, contrairement à la légende, il n'est pas un voyageur comme ses amis du festival Etonnants Voyageurs de Saint-Malo. Pourquoi La maison des lettres? Parce qu'avant tout, Gilles Laponne nous livre ce qui a été la passion de toute son existence: la littérature, consacrant de longs passages à ses grandes admirations: Stendhal, Rimbaud, Dickens, Knut Hamsun ou Giono. Phébus 2009.

Gilles LAPOUGE - La légende de la géograhie

«Ma géographie n'a jamais passé l'âge de raison. Elle stagne dans celui des merveilles. C'est la géographie d'un flâneur, d'un flâneur des deux rives, mais principalement de l'autre rive, une géographie d'image d'Épinal et de Vase de Soissons, une géographie de dessin d'enfant, d'odeur de craie et de tableau noir, de sources, avec de gros soleils jaunes pleins de rayons, des nuages crémeux et des prairies des quatre saisons. Elle emprunte les chemins vicinaux.
Elle voit des îles dans le ciel. Elle croit que les vents sont un pays. Je voudrais faire la géographie des ombres de l'automne. Une géographie pour oiseaux et pour marmottes. Elle avance sur des routes qui n'existent plus et sont enfouies sous deux siècles, trois siècles, d'humus, d'histoire et de mort. Elle considère que les cimetières sont un ingrédient de la géographie, au même titre que les marées, les montagnes ou les brises de mer, et comme aussi le gel, les bouvreuils, les gulf stream, les bois flottés de la Patagonie qui ont découvert l'Europe bien avant que Christophe Colomb ne rencontre l'Amérique.» Albin Michel 2009.


«On ne naît pas écrivain voyageurs, on le devient.»


Gilles LAPOUGE - L'Encre du voyageur

Lapouge est un baladin. On savait qu’il collectionnait les nuages. Dans ce livre il avoue collectionner également les lumières. Comment ne pas se constituer une collection de lumières! La lumière du matin, celle de midi, celle du soir. Sans compter qu’en nos contrées la lumière change rapidement, en raison notamment de la physionomie des lieux. Immensément variables. Pas comme ces étendues infinies d’Amérique du Nord ou ces déserts d’Asie…L’un des articles poétiques du recueil est consacré à l’Europe, «faite de géographies emboîtées, est bien obligée de disposer de mille soleils, un par paysages, et de millions de lumières.» Ce que plus loin il appelle les «belles lumières nomades de la belle Europe.»

Le voyage, pour Lapouge  «non seulement n’existe qu’à partir du moment où on le convertit en encre, mais encore tout voyage, y compris dans les terres inconnues, n’est que le souvenir d’une encre ancienne.» Ce qui rend déprimante la profession d’explorateur! Car plus le temps passe, plus on découvre ce qui a été écrit il y a longtemps. «Si Christophe Colomb n’a jamais deviné qu’il avait découvert l’Amérique, c’est qu’il n’avait rien lu sur cette terre-là.» CQFD!

Lapouge voyage «pour raconter ses voyages.» Peut-être un peu jaloux que tous ces écrivains voyageurs – confrérie dont on l’a obligé à faire partie plus ou moins contre son gré – «prennent tout le temps le bateau ou l’avion» et aient des « sacs d’anecdotes.» Après une période d’apprentissage, il se sentira assez à l’aise dans ce milieu, et déclarera «on ne naît pas écrivain voyageurs, on le devient.» Après tout il s’agit quand même de littérature.

Comme souvent avec Gilles Lapouge, voici un recueil de petits textes, brillants, amusants la plupart du temps, pleins d’érudition. Dans ce recueil un peu hétéroclite – car composé en partie d’articles déjà parus dans des revues (Le Magazine littéraire, Géo, la Quinzaine littéraire) – les sujets principaux sont l’écriture, le voyage, l’ailleurs, l’autre. Certains textes resteront à mon avis dans les anthologies de littératures voyageuses, comme «Pourquoi voyagez-vous ?» et «Quand j’étais un écrivain-voyageur.» Indispensable.

Les premières lignes : «Quand je fréquentais l’école primaire, je plongeais avec enthousiasme ma plume dans l’encrier du pupitre. Je prenais le temps de contempler la goutte de liquide noir ou bleu. Je la regardais comme le Créateur a probablement regardé le néant au moment où il se disposait à en faire un univers. J’étais un peu comme lui. J’allais donner vie, grâce au bout de ma plume, à un chat, à une peuplade, à un adjectif ou à une périphrase.

Si j'étais en forme, je confectionnais des objets qui n'existaient même pas. Je leur fournissais des noms, je leur mettais le pied à l'étrier et ils partaient vivre leur vie. J'ai donné vie à des couleurs dont Newton n'eut jamais la moindre idée. Je formais des lettres que tous les alphabets, même l'égyptien et même le hittite, ont ratées, des animaux inexistants, des montagnes d'aucun continent. Je découvrais que Dieu n'est qu'un gros encrier.» Albin Michel 2007.

La quatrième de couverture. «Un voyage n’est que de l’encre. Toute exploration est le souvenir d’un ancien manuscrit. Christophe Colomb découvre une Amérique qu’il avait arpentée dans les récits de Marco Polo. Les missionnaires qui ouvrent le Brésil, au XVIe siècle, connaissent par coeur les textes des écrivains antiques, Pline le Jeune ou Hérodote. C’est pourquoi ils aperçoivent dans la forêt équatoriale toutes ces amazones. En lisant, en écrivant, j’ai parcouru quelques recoins de la terre, Inde, Islande ou Tahiti. J’ai ajouté ma peinture aux peintures qui les barbouillaient déjà. Cela m’a permis d’en raviver la fraîcheur, d’en débusquer les surprises, les miracles.» Gilles Lapouge


 

«On prétend que le charme du voyage est celui du retour. Il serait plus convenable de dire que le voyage ne commence qu’après qu’il est fini. Le voyage n’existe pas. Il n’est que son propre récit [...] C’est donc bien au retour, et devant un parterre de badauds, qu’on peut sortir des blagues, commencer son voyage, et voir enfin ce qu’on a vu.»

«Les pays, on les apprécie quand leur génie est au comble : des Hébrides sans leur tempête, ça aurait l’air de quoi ?» Gilles LAPOUGE


Gilles LAPOUGE - Besoin de mirages

Dans ce livre on voyagera beaucoup, et loin : l’Amazonie, le Sahara, l’Islande et bien d’autres contrées. Parfois la situation est cocasse : le jeune Lapouge découvre le Sahara... à l’envers. Dans la voiture familiale il est juché sur un strapontin, dans le sens inverse de la marche. La voiture file vers le Sud, il ne voit que le Nord. D’autres fois l’auteur «s’engloutit» dans un pays vers des endroits ou en des lieux inhabituels. «Les pays, on les apprécie quand leur génie est au comble : des Hébrides sans leur tempête, ça aurait l’air de quoi ?» C’est pourquoi il aborde l’Islande au mois de Janvier, quand le pays est au plus froid et quand «on ne voit que de la nuit.» Et que demander de plus : «les Dieux étaient conciliants. Ils avaient organisé une tornade.»

Sa recette du voyage : «ne rien voir, ne rien entendre et ne rien dire. Prendre un billet de train à pile ou face, et, une fois rendu dans un pays dont j’ignore l’histoire, l’ethnologie, la préhistoire, la géographie et la langue, j’admire les montagnes et les vallées qui s’étendent sous mes paupières closes, bien fermées à clef.» Bien sûr cette façon de voir les choses ne va pas provoquer, plus tard, les mêmes réactions ou les mêmes souvenirs que les photos ou les diaporamas habituel. «Les pays m’émerveillent deux fois : quand je les trouve et quand je les quitte.»

De tout voyage on finit par revenir. C’est même ce qui serait le plus important. En effet, «on prétend que le charme du voyage est celui du retour. Il serait plus convenable de dire que le voyage ne commence qu’après qu’il est fini. Le voyage n’existe pas. Il n’est que son propre récit [...] C’est donc bien au retour, et devant un parterre de badauds, qu’on peut sortir des blagues, commencer son voyage, et voir enfin ce qu’on a vu.»

Et à chacun sa technique pour rappeler, pour revoir, pour revivre son voyage. «Quand les nuits sont longues, à Paris, je prends un souvenir et je le parcours à tête reposée.» Un arbre d’enfant dans un jardin familial a toujours une histoire à raconter. Même si ce n’est pas toujours la même. Ce que l’auteur appelle «mobiliser les paysages disparus» déclenche des souvenirs, des lieux, des instants. Est-ce que tout c’est passé comme ça ? Est-ce que les ruelles de ce village indien arpentées il y a dix ou vingt ans étaient si étroites, les façades si hautes ? Sont-ce des «mirages», ces rêve éveillés, mais sans «aucune imagination», contrairement au rêve, et qui aident «à voir les choses qui se cachent et la beauté de ces choses»?

Enfin, il n’y a pas, dans ce livre, que des descriptions, des considérations géographiques. Il y a aussi de l’histoire, de l’ethnographie, de la métaphysique... Et de belles réflexions. Comme ce souvenir de tombes sans fleurs, sans dates, sans noms. «Les vivants ont des dates mais pour un mort, qu’est-ce que ça veut dire, une date ? La date de la mort ça intéresse seulement ceux qui restent.» Un livre dépaysant, inhabituel. Intelligent.

Les premières lignes. «Un jour, nous sommes partis au Sahara car nous habitions Oran, les vacances de Pâques s'annonçaient et nous avions acheté une automobile familiale, une Peugeot.» (Éditions du Seuil 1999.)


 

«Depuis qu’ils m’eurent enrôlé dans l’aimable troupe des écrivains voyageurs, il y a quelques années, je me suis mis à voyager.» Gilles LAPOUGE.


 

Gilles LAPOUGE – En étrange pays

«Depuis qu’ils m’eurent enrôlé dans l’aimable troupe des écrivains voyageurs, il y a quelques années, je me suis mis à voyager.» Et une fois que l’exotisme et les destinations lointaines ont été explorées, – d’ailleurs l’exotisme «ne tient pas en place» et puis «on ne peut plus faire un pas dans les Quarantièmes rugissants sans se cogner à un solitaire» –  restent les «coins.» «Relier Celigny à Nyons ça aurait tout de même une autre gueule que descendre le Mississipi sur les bateaux à roues.» On trouvera donc un tas de choses dans ce recueil de chroniques, avec un peu de décalage et de distance pour que le tout soit intéressant, plaisant, pas lourd ni pédant. Pour tout dire c’est même un régal.

Ces textes sont des miniatures, pour la plupart, autour d’un mot, d’un son, d’une ville, d’un prétexte. Comme les cigognes agnostiques qui, à défaut de minarets qu’on ne trouve pas dans les Alpes, nichent sur des cheminées d’usine. On y trouvera aussi des éloges. Pas mal, l’éloge. Éloge de la vache, de l’âne. Éloge des vents. Pourquoi ne pas aller voir un vent ? «Cet été je suis allé voir un vent. Ce n’était pas un gros vent. Dix kilomètres de long à tout casser. Il réside sur les bords d’une rivière, la Bléone.» On y trouvera des discussions (un brin caustiques, parfois) sur les hirondelles et les perroquets. Des digressions sur les douanes, les frontières, la guerre. De subtiles démonstrations, pas si absurdes qu’elles en ont l’air, comme celle sur les guerres futuristes, que je vous laisse lire.

On trouvera des réflexions sur le voyage. Sur une autre idée du voyage, que Lapouge voudrait «une perte, un égarement.» Ce qui est de plus en plus difficile: «comment voulez vous agiter un mouchoir et faire des larmes quand s’en vont des gens qui jacteront dans la télé deux heures plus tard.» Tout ça pour dire que «en somme, des immensités de la mer, du ciel ou de la terre, nous ne fréquentons que les rivages, les reflets et les ombres.» La Terre promise depuis longtemps: nous n’y somme pas encore entrés. «Les vaches sont folles et les abeilles ne retrouvent plus leurs ruches.» Dans ces chroniques «qui ne se connaissent pas», c’est à dire qui ont été rédigée indépendamment les unes des autres, on cultive des «nostalgies au long cours», celles qui «procurent des vertiges.» Peut-être à la recherche de cet «étrange pays.» A lire, c’est indiscutable.

Les premières lignes «Ces chroniques ne se connaissent pas. Elles ne s’étaient jamais rencontrées. Elles étaient publiées à leur guise, ici ou là, et chacune suivait sa petit bonne femme de route. Aujourd’hui, les voici ensemble ? Je ne sais pas si elles s’aiment et est-ce qu’elles auront quelque chose à se dire ? Certaines sont spécialisées dans les jardins, dans les vieilles pluies ou dans les vents périmés, d’autres préfèrent les lapins ou les ânes de La Fontaine, il en est qui regardent le ciel, le paradis, le petit Jésus, les anges ou le lac Léman.» Éditions Albin Michel 2003, repris en Livre de Poche.


 

«La neige est avec la mer le plus cruel et le plus sournois des labyrinthes.» Gilles LAPOUGE - Le bruit de la neige.


 

Gilles LAPOUGE – Le bruit de la neige

Pour Lapouge, qui se définit lui-même comme étant «d’un tempérament à la fois voyageur et casanier, aventurier et pot-au-feu, vagabond et pantouflard», le voyage est de la littérature. «Mieux: le voyage n’est voyage que s’il est littérature.» Mais s’il est vrai, comme il le croit, que «l’exotisme a besoin de la lettre, c’est-à-dire du livre, il ne suit pas que tout livre écrit dans un pays lointain procure le frisson exotique.» Le plus difficile étant «d’enfermer le voyage dans des mots, sans pourtant réduire le mystère du pays visité.»

Le récit le plus important, et qui donne son titre au livre, traite de la neige dans tous ses états. Un sujet bateau, mais un sujet normal si l’on considère que la neige «se taille la part du lion dans la mémoire de tout humain un peu sensible.» Les lectures, les observations de l’auteur sont prétextes à des digressions étonnantes de profondeur, de logique, d’érudition. «La neige est avec la mer le plus cruel et le plus sournois des labyrinthes.» La neige qui «en l’espace d’une matinée, retire un décor pour le remplacer par un autre, avec une agilité effarante, comme dans les cirques.»

On lira aussi une partie consacrée à une nouvelle façon de voyager : le nez en l’air, à la recherche non plus de terres, mais de ciels… Ah ! retrouver à Digne une paire de nuages peints par un maître japonais du XVIIIe, quoi de plus beau, et de plus fascinant ! On verra comment l’auteur se retrouve dans une ville qu’il croit être Innsbruck, même si le plan et les informations du guide ne collent pas tout à fait. On apprendra que les dinosaures ont raté l’Islande, qui n’existait pas à l’époque de leur disparition. On croisera Stevenson, Giono et Knut Hamsun. Un livre fourre tout, donc, intéressant, à picorer au gré de l’humeur, et qui contient quelques fragments déjà publiés, notamment «Stevenson, son style et l’âme», en préface au Voyage dans les Cévennes de l’édition G.F; et «les timbres-poste de l’exotisme» dans Pour une littérature voyageuse, des éditions complexe.

Les premières lignes: «Chosroês, je veux dire Khosro Ier Anocharvan, ce monarque qui regna sur la Perse sassanide au Vie siècle et qui écrasa les Huns Hephtalites avec d’ailleurs le concours des T’ou-kiue, craignait le froid mais il ne voulait pas l’abîmer.»  Éditions Albin Michel 1996.


 

A lire aussi:

Gilles Lapouge est journaliste, producteur à France Culture de l'émission "En étrange pays". Écrivain, il a reçu le prix Pierre 1er de Monaco pour l'ensemble de son œuvre. Il a passé son enfance en Algérie, et a vécu trois ans à São Paulo au Brésil comme journaliste.

Il est l'auteur de plusieurs livres sur la piraterie: Pirates, boucaniers, flibustiers (éditions de Chêne 2003); Les pirates. Forbans, flibustiers, boucaniers et autres gueux de mer, Phébus 2001.

Il est également l'auteur de romans, notamment de La Bataille de Wagram, Les Folies Koenigsmark, L'Incendie de Copenhague, la Mission des fronti_res.


Accueil ] Actualité ] Guide de lectures ] Bibliothèques ] Histoire ] Textes et citations ] Liens ] Contacts ]