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Sylvain Tesson - Une vie à coucher dehors. Gallimard. |
Sylvain- TESSON - Une vie à coucher dehorsSylvain Tesson est un écrivain voyageur. C'est-à-dire qu’il a besoin de partir, de voyager, et qu’il en rapporte des histoires. Il peut s’agir de récits de voyages, donc une littérature proche du réel, ou bien d’histoires plus ou moins fictionnelles – qui ne sont jamais, la plupart du temps, qu’une addition de souvenirs et d’imagination -, comme ces nouvelles regroupées sous le titre « Une vie à coucher dehors », qui nous transportent en Sibérie, dans les glens écossais, en mer Egée, en Géorgie. Dans la première nouvelle, L’asphalte, la question pourrait se résumer à «progrès or not progrès?» Soit un village isolé. La route en terre battue ne facilite pas les communications, ni l’avenir des enfants. Pour les uns, la route en asphalte est le symbole du progrès. Quelques traditionnalistes sont contre: ça va ramener les touristes et les ennuis. La route se fait. Elle apporte comme prévu son lot d’échanges et plus ou moins de bonheur. Le bien et le mal, quoi. Car si la route facilite certaines choses – sont-elles si importantes? – la route tue, aussi. Pire encore: la vitesse, qui tue, peut également sauver des vies. Alors: la route pour tuer, ou la route pour sauver? Comment choisir? Et si on ne pouvait pas choisir? Et si la «fatalité» choisissait pour nous |
«Cendrars en verserait, des larmes salées. La ville a vécu. Panamá l’a tuée, il ya cent ans, en épargnant le Horn aux transatlantiques. Les bateaux ne s’aventurent guère devant le cap, ils coupent par le canal. Les équipages n’ont plus à se refaire une santé à Valparaiso. La ville s’est assoupie sur son rivage. Rien n’est fatal comme devenir inutile.»Noir c’est noir. Mais à moins d’être totalement mort, rien n’est grave!
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Vaut-il mieux mourir victime du progrès, de la bêtise humaine, ou de l’ambition? De fatalité, de destin, de forces de la nature, il en est question dans la plupart des nouvelles de ce recueil. Dans «Les porcs», il est encore question du progrès. Le progrès qui va entraîner les chutes. Car « a difficulté n’est pas de rester à quai, mais de voir son voisin monter dans le train du progrès sans vous.» Comment faire ? Avec qui parler de «décroissance»? C’est le mimétisme qui serait la cause de nos maux. Comme le montre l’exemple des hangars à cochons du Dorset. Et si l’enfer ça n’est pas les autres, c’est le fait que nous voulons leur ressembler. La violence faite aux cochons et la violence que cela génère entre ces animaux, n’est-elle pas aussi celle que les hommes s’infligent? Le progrès n’est-il pas une trahison? N’y-a-t’il que les rubans d’asphalte pour communiquer? N’y a-t-il que les élevages intensifs de porcs pour nourrir la population? Est-ce à cause de la valeur des choses. «Lorsqu’une tranche de viande était une conquête, un porc avait une valeur. Lorsqu’une tranche de viande est une habitude, un porc devient un produit. Lorsqu’une tranche de viande devient un droit, le porc perd les siens.» Si je pense que l’on doit se préoccuper des droits des hommes avant ceux des animaux, il n’en reste pas moins que cette réflexion fait frémir, car on peut remplacer les mots « tranche de viande» et «porc» par d’autres. Les petites histoires regroupées sous le titre «le bug» auraient pu être regroupées sous «la révolte des femmes.» On le sait depuis «l’éloge de l’énergie vagabonde», Tesson pense qu’une moitié de l’humanité – les hommes – asservit, ou tente d’asservir l’autre moitié : les femmes. Ces histoires brèves racontent des retournements fulgurants de situations. Un peu comme si l’auteur partait d’une réalité et se demandait: «que se passerait-il si…?» C’est étonnant combien ça révèle que le monde ne tourne pas rond. Et peut-être même qu’il tourne à l’envers. Mais si le monde tournait à l’envers de l’envers, ça donnerait quoi? A l’envers des coutumes, à l’envers des croyances, à l’envers des habitudes, à l’envers des Credo. Et si… Et si la bêtise humaine retournait là d’où elle est partie, comme un boomerang? Le progrès, la bêtise humaine, les croyances… Ne pas oublier l’ambition, la vanité, causes de bien des tourments. «La vie n’est pas compliquée quand on a tiré le rideau de la forêt sur toute ambition.» Mais même quand on a réglé les questions de progrès ou d’ambition, il y a encore la fatalité… Sinon, la fatalité, le destin, la nature, peuvent-ils nous achever? Quand on n’a pas le progrès ou l’ambition sur le dos, reste à se coltiner le destin. On se demande si c’est mieux. Dans «La fille» on se demande si c’est la faute de la bêtise humaine si un mannequin – on parle ici d’une femme de chair, certes peu protégée par un minuscule bikini, pas d’un mannequin de cire – tombe d’un bateau? «Elle avait vingt et un ans, venait de tomber à la mer et sa vie de mannequin international ne l’avait pas préparée à cette situation.» A priori non, on ne peut pas tout prévoir. Hélas: c’est par là que le destin vous attrape ! Pourquoi ce sont les belles filles qui ne savent pas nager qui tombent à l’eau? Et pourquoi ça se passe au moment ou les autres passagers sont occupés ailleurs? Dans «La chance» la question est du même ordre: «La dernière pensée du Grec fut pour ses années de boisson qu’il aurait dû mettre à profit pour apprendre à nager. Mais les gens se croient immortels et négligent les précautions.» Toujours dans «La chance» on trouve une analyse sur le «revirement de fortune» avec un «nous» qui est peut-être le point de vue de l’auteur. «La conversation roulait sur les revirement de fortune. J’avançai que dans les moments désespérés le sort peut revenir en mascaret et emporter la mise lors qu’on pensait tout perdu. Je crois aux miracles, je suis un optimiste de la volonté et je professais qu’à moins d’être totalement mort, rien n’est grave.» Sage réflexion. Car celui qui penserait qu’au contraire «nous vivons dans l’imminence du pire» et qu’aucun grain de sable ne saurait «fausser la mécanique et reporter la chute à plus tard» a toutes les chances (si l’on peut dire) de se prendre immédiatement les pieds dans le tapis. |
«La journée était belle. Le soleil éclairait la glaçure des versants. Piotr avait assisté avec piété à des milliers de couchers de soleil. Si le paradis est réservé à ceux qui ont contemplé la beauté du monde, il était sûr de sa place. Si ce n’était pas le cas ; il était sûr de l’enfer.»
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La mer, le naufrage Plusieurs nouvelles ont la mer comme décor, les marins comme protagonistes. Demandez pourquoi à Tesson, lui qui semble plutôt un homme avec les pieds sur terre… Deux nouvelles traitent du naufrage, et de la survie sur une île déserte. Dans «L’île», il s’agit d’un groupe de naufragés. Peut-on survivre quand on est un groupe de naufragés? Quel grain de sable va enrailler la machine? Comment celui qui a prit le parti de rompre l’ennui, de faire rêver, en lisant des histoires, va-t-il être accepté (ou non)? Dans «Le courrier» il s’agit d’un naufragé solitaire. Sa chance est qu’une caisse de courrier l’a accompagné sur son île. Quoi de mieux que des «histoires» pour rompre l’ennui, pour passer le temps? Paraboles intéressantes sur la littérature, son rôle, la différence entre la réalité et la fiction: laquelle est censée favoriser l’évasion (si l’on peut dire) depuis une île déserte? Tesson conteur contre Tesson raconteur Nonobstant tous ces thèmes traités dans ces nouvelles, il ne faut pas oublier le ton de Tesson ni ses descriptions. Exemple. «Les maisons escaladent le fil des versants, posées en équilibre. Des écheveaux de fils électriques les relient. On les croirait encordées les unes aux autres. On n’oserait pas tirer sur les câbles de peur que la ville ne s’écroule. Dans le port autrefois, c’étaient les élingues qui cliquetaient. Elles coupaient les rafales d’un sifflement. Du quai, on voyait l’horizon à travers la treille des écoutes. Un bateau, c’est une harpe de cordage qu’on va parfois faire jouer sur l’eau.» Valparaiso, bien sûr. Ou bien cette description de paysage et d’ambiance, typiquement tessonnienne: «les moutons étaient posés dans les champs comme des œufs durs sur la mâche. Le crachin recouvrait leur suint d’une pellicule d’argent. Des corbeaux traçaient dans le ciel des lignes parallèles.» Au final un recueil assez noir de 15 nouvelles, qui est une sorte de tour du monde d’aujourd’hui et de ses questions ou problèmes: religion, progrès, risques économiques, société des paillettes, concupiscence éternelle, condition des femmes… La théorie de l’auteur: nous subissons les lois du destin et les forces de la nature, plus puissantes que nos désirs et nos espérances. Rien ne sert à l’homme de trop s’agiter dans la toile de l’existence, car la vie, même quand elle ne commence pas très bien, finit toujours mal. Jusque là c’est connu. Mais ça peut encore empirer. «J’ai lu sans le Daily Observer que l’homme moderne n’avait pas terminé son évolution. Assis devant ses ordinateurs dans des pièces surchauffées, il continue à grandir. Ses bras s’allongent, ses os s’affinent et son cerveau grossit.» Qu’allons-nous devenir? Ces textes sont un peu éloignés du récit de voyage habituellement proposé par Tesson? Pas tant que ça. Bien sûr il y a dans ces nouvelles – il n’en est d’ailleurs pas à son premier recueil, et tout au plus pourrait-on reprocher ici à l’auteur un certain systématisme: quand on a comprit le principe, les chutes peuvent être moins surprenantes – la distance du Tesson raconteur d’histoires – avec quelques rares «je» ou «nous» – que n’a pas le «je» du Tesson narrateur de ses récits. Mais les thèmes explorés ici sont déjà présents dans les récits de voyage. Il n’en reste as moins: Noir c’est noir! Ou est l’espoir? Pourquoi ces nouvelles? Pour oublier qu’on va tous y passer, la seule question étant le «comment»? Dans quelle histoire se cache une petite lueur d’espoir? Certes, l’enfer ça n’est pas les autres, mais c’est quand ils sont proches (dans le sens de promiscuité), ou encore c’est l’éventualité qu’ils arrivent. Que faire, entre mensonge et ignorance ? Entre progrès et fatalité? Peut-être tout simplement «faire demi tour, pour garantir le bonheur.» Une vie à coucher dehors? Avec ce temps de chien… |
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«La steppe c’est quand le ciel se pose sur la terre et ne laisse à l’horizon qu’un petit interstice.»L'axe du loup. De la Sibérie à l'Inde, sur les pas des évadés du Goulag, de Sylvain TESSON, éditions Robert Laffont.
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Sylvain TESSON - L’Axe du loupDe la Sibérie à l’Inde, sur les pas des évadés du Goulag. A Marche forcée, de Slamovir Rawicz (Phébus), est le récit d’un officier polonais de 24 ans, déporté dans la taïga de Iakoutie pendant la Seconde Guerre mondiale, qui s’évade et parvient en Inde au terme d’une marche incroyable. On le croira d’ailleurs à peine. «Le drame des hommes à l’existence romanesque est qu’on les tient pour des affabulateurs quand ils racontent leurs vies». Une solution: refaire le trajet, pour voir. C’est ce qu’entreprend Sylvain TESSON, qui veut «arpenter ces chemins de l’évasion pour rendre hommage à tous les arpenteurs des steppes, les bouffeurs d’horizon.» De l’Eurasie à l’Himalaya, par l’axe du loup. Tesson bouffeur d’horizonPremière constatation pour celui qui se «jette dans la gueule du monde»: quelle est la place de l’homme au milieu de tout ça? Ce que Tesson appelle «l’effroi de l’âme devant la nature.» Quand on essuie un orage diluvien en pleine Sibérie, ce genre de réflexion est à prendre au propre comme au figuré. La Sibérie: «une géographie contre laquelle l’Histoire n’a jamais rien su faire» est peuplée de loups (rares, en fait) et d’hommes, dont les plus courants sont les ivrognes, «cœurs tendres et foie pourris.» Trois cent trente six rivières se jettent dans la lac Baïkal. C’est dire le nombre de gués qu’il faut franchir. Avec parfois beaucoup de risque. Le courant. Les loups. Que Tesson tient à distance par le bruit, en frappant sans relâche sur sa gamelle. Ce qui donne des autoportraits absolument surréalistes comme «ce type nu avec un chapeau de plumes en train de marteler une gamelle pour rythmer ses hurlements.» Après la Sibérie, la Mongolie. Une autre steppe, qui ne se parcourt qu’à cheval, un océan dont les yourtes sont les îles. «La steppe c’est quand le ciel se pose sur la terre et ne laisse à l’horizon qu’un petit interstice.» Hélas ! Oulan-Bator est «la ville où l’on a mit la steppe en cage» et où les yourtes sont entourées de palissades. «Un gros coussin blanc dans un carré de bois: la symbolique de l’agonie du nomadisme.» Plus loi, le Gobi et son «horrible silence.» Un désert où «les ignorants sont comme des aveugles» s’ils ne connaissent pas l’emplacement des puits. Une longue traversée, encore. Puis les hommes réapparaissent, dans la province du Gansu. A Dunhuaung, osais sur la route de la soie, des douleurs articulaires laissent penser que le chemin va s’achever. Mais non, le bout du chemin sera Calcutta, bien loin encore. En attendant, la route de Lhassa se profile au-delà des Kun Lun. Encore de longues journées à pédaler, ce qui se résume ainsi: «Souffrir du froid le matin, peiner contre le vent le reste du temps.» La Tibet, mythique, légendaire. Ce plateau désert, cette «table rase avec un beau passé.» Le Tibet et son problème principal: les Chinois. Et enfin «cette tache lointaine, cette goutte d’or au fond de l’athanor, c’est Lhassa. Je m’assieds sur un rocher et attends les larmes.» Tesson écrivain voyageurOn le sait, Tesson conçoit le voyage by fair means, avec de justes moyens, honnêtement. «Le pas humain ou la foulée d’un cheval sont les meilleurs instruments pour mesurer l’immensité du monde.» Il préfère le voyage solitaire. Il dit se sentir «heureux en solitude» en communion avec cette race de pèlerins romantiques de la fin du XIXe comme les Knulp et Golmund de Hesse. Pour Tesson la solitude devient nécessaire. «J‘avance heureux et seul. Heureux car seul.» Même si parfois les souvenirs, les amours, les rêves remontent, car «une tête en voyage est une cantine d’exode remplie de vieux papiers.» Quand la route est longue, mais «la patience vient à bout de l’horizon.» Mettre un pied devant l’autre est somme toute à la portée de tout le monde. Le corps s’habitue. Mais «l’ennui c’est pour l’âme. Elle est plus exigeante.» Remède Tesson: de la lecture. Une bonne anthologie de poésie fera parfaitement l’affaire. Il ne suffit pas d’être voyageur pour raconter des histoires. Il faut d’abord être un grand voyageur, au sens « intérêt » du voyage. Et les voyages tels que les conçoit Sylvain Tesson apportent un contenu riche qui sera aisément exploitable, pourvu que l’auteur ait un bon sens de la narration et un ton personnel. Les précédents récits contenaient déjà un ton, du sens, un lyrisme certain. Après un essai plus « philosophique » intitulé Petit traité sur l'immensité du monde, Sylvain Tesson démontre maintenant toutes ses qualités d’écrivain. Certaines expressions sont sa signature. «… un de ces lieux où l’on sent l’âme qui monte à la peau.» Ou «Autour de moi, 360° de steppe rectiligne. Pas un arbre pour pisser, ou pour se pendre. Je sens l’étreinte de l’immense comme un nœud coulant à la gorge.» Un écrivain, un écrivain voyageur. A ranger parmi les grands. Les premières lignes : «C’est triste un train qui part pour Berlin. Surtout quand on est dedans. J‘ai quitté mon appartement parisien tout à l’heure. J’ai gagné la gare du Nord en métro. Je trouvais ça chic de prendre le métro pour aller en Sibérie. Le guichetier à qui j’ai demandé «un aller simple en première classe pour la gare du Nord» m’a répondu qu’on n’était pas il y a cent ans et j‘ai pensé que ‘aurais bien aimé.» Editions Robert Laffont 2004, repris en Pocket. |
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Ce récit peut être accompagné par ce livre, plus illustré: Sous l'étoile de la liberté. Six mille kilomètres à travers l'Eurasie sauvage Le point de vue de l'éditeur. De mai à décembre 2003, Sylvain Tesson a mis ses pas dans ceux des hommes qui, pendant un demi-siècle, ont fui le goulag ou l'oppression soviétique. Un voyage de 6000 kilomètres, de la Sibérie jusqu'au sud de l'Eurasie, à pied, à cheval, à bicyclette. Une célébration de l'esprit d'évasion et un hommage rendu aux damnés du siècle rouge, qui choisissaient la liberté. Huit mois à la rencontre des survivants du système concentrationnaire et des peuples jalonnant ces chemins de fuite. Arthaud 2005 |
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Petit traité sur l'immensité du monde - Sylvain TESSON.
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Sylvain TESSON – Petit traité sur l’immensité du mondeLoup solitaire, à la porte grande ouverte mais «à condition bien entendu qu’il ne passe jamais personne», et surtout pas ces mâles dont la suprématie sur la planète est l’un des grands problèmes de notre société, Sylvain Tesson, wanderer du XXIe siècle, ex escaladeur de cathédrales, qui parcourt aujourd’hui le monde à pied, à cheval, en Asie centrale, au Tibet, livre ici sa pensée et sa façon de vivre. >>> Retrouvez la suite de cette chronique dans Un Livre dans le sac à dos - 70 livres pour voyager, paru aux éditions Livres du Monde 2010.Les premières lignes : «Une force extérieure m’emporte sur la terre avec la régularité d’un battant d’horloge. Un coup à l’est, un coup à l’ouest: de l’une à l’autre extrémité du continent eurasiatique (c’est là que je situe pour l’instant mon domaine de prédilection, entre le Pacifique et l’Atlantique; j’attends d’être plus vieux pour le Nouveau Monde.)» Editions des Équateurs 2005. |
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«La nuit s’encadre dans l’étroite porte en bois de la yourte, laissée ouverte. Tout est en ordre sous la voûte. Moments de douceurs nés du croisement entre un destin de nomades et une trajectoire de voyageurs.»«Souvent, dans la solitude de la chevauchée ou de la marche, loin des villes, hors des routes, je me prends à rêver d'une bibliothèque. Voyager avec des livres! Rêve impossible.»«Il faudrait s’interdire de s’échapper dans les récits de voyages. On sort toujours déçu de la confrontation des riches visions passées aux mornes réalité présentes.» S. TESSON - P. TELMON |
Sylvain TESSON - Priscilla TELMON - La chevauchée des steppesCe livre étant sous titré 3000 kilomètres à cheval à travers l’Asie centrale, on chevauchera avec les auteurs, peu expérimentés -«notre expérience équestre se limite à quelques années de manège dans la forêt de Rambouillet. Ce qui ne prépare pas à la steppe»-, d’Est en Ouest, des Tian Shan (les monts Célestes) à la mer d’Aral, «un itinéraire marqué sur le sol autant que dans les livres.» Nous voyagerons donc en compagnie d’illustres prédécesseurs : Ella MAILLART, ROBROUCK, PRJEVALSKI ou BURNABY, «dont à haute voix nous en déclamons des extraits pour que la montagne sache ce que les hommes qui la foulent pensent d’elle.» Cependant, à la fin des années 90, l’Asie centrale n’est plus ce qu’elle était. D’abord «il faudrait s’interdire de s’échapper dans les récits de voyages. On sort toujours déçu de la confrontation des riches visions passées aux mornes réalité présentes.» Ensuite, les célèbres cités d’Orient ont changé : «Béton, faubourgs, bagnoles, c’est la Samarcande d’aujourd’hui telle qu’elle nous apparaît, depuis l’est.» Boukhara : «n’offre plus le visage de la ville oasis postée sur le chemin des cavaliers. Tuée par la modernité.» Khiva : «un décor restauré des Mille et unes nuits, une Babylone de Disneyland.» Puis, dans le vallée ouzbeke du Ferghana ou sur les plateaux à peine traversés par un chemin, les «ivrognes innocents» s’adonnent aujourd’hui à un «suicide collectif par hara-kiri éthylique» et «les ennuis commencent toujours quand il est fait appel aux flics.» Enfin, faut-il parler de la mer d’Aral et de Moynak, le port à sec, ce «désastre parfait» pour lequel personne ne sera jamais jugé. Pourtant, dans les villes ou les campagnes, sous les yourtes, on regrette un passé encore proche, le temps de la Bolchevita, quand il n’y avait pas à se casser la tête puisque tout était décidé et planifié en haut lieu. L’indépendance et quelques pincées de démocratie n’ont pas tout réglé, loin de là. L’un des intérêt du voyage à cheval est que le bât autorise que l’on emporte avec soi sa caisse de livres. Les contraintes : la recherche du fourrage constitue la quête quotidienne du cavalier. Enfin : «les villes sont le premier ennemi du cheval. Son prédateur le plus vorace. Elles l’engloutissent.» Heureusement il n’y a pas que les villes. Les vastes plaines de l’Asie centrale sont bien là, et «il suffit d’un pas pour entrer sans un autre univers.» Les régions traversées ont toutes du charme. Même les plus inhospitalières. «Les versants prennent les couleurs incendiées de la soif.» Livre de voyage, mais aussi récit de révolte (bêtise d’une administration complètement livrée à elle-même, désastre écologique d’Aral, villes devenues trop touristiques, ivrognerie suicidaire...) Les premières lignes : «C’est à cause des Chinois ! Ils veulent nous bouffer, hurle Dima. Dima est forcé de crier car il a baissé la vitre. En grand. Et allumé son autoradio. A fond. Du bon rock russe, bien rocailleux et découpé en tranches brutales par le vent qui s’engouffre.» Éditions Robert Laffont 2001.Priscilla TELMON, 26 ans, partage sa vie entre la photographie, la vie associative et l'écriture. > Le site de Priscilla TELMON. A lire aussi: Carnets de steppes - A cheval à travers l'Asie Centrale (Glénat 2002) Sylvain et Priscilla ont collecté un bouquet d'émotions, de souvenirs et de réflexions dont seul un carnet de voyage pouvait rendre la matière: recueil intime, textes, photos, dessins, cartes. |
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A lire aussi: Éloge de l'énergie vagabonde Le point de vue de l'éditeur: J'irai de l'Aral à la Caspienne. Je gagnerai l'Azerbaïdjan à bord d'un ferry. De Bakou, je cheminerai vers la Turquie par la Géorgie. A pied, à vélo, je ne le sais pas encore, mais loyalement, sans propulsion motorisée. Au bout de ma route, j'aurai relié trois mers, abattant le même trajet que celui d'une larme d'or noir de la haute Asie convoyée à travers steppes et monts pour que le monde poursuive sa marche folle. Profitant de cette traversée de terres à hautes valeurs pétrolifère, je consacrerai mon temps d'avancée solitaire à réfléchir au mystère de l'énergie, celle que nous extrayons des strates de la géologie mais aussi celle qui attend son heure au plus profond de nous. Pétrole et force vitale procèdent du même principe: l'être humain recèle un gisement d'énergie que des forages propices peuvent faire jaillir. Pourquoi nos ressorts nous poussent-ils à l'agitation au lieu de nous convertir à la sagesse zen? Éditions des Équateurs 2007.Avec Alexandre POUSSIN - La marche dans le ciel. 5 000 Kilomètres à pied à travers l'Himalaya Le point de vue de l'éditeur. Partis du Bhoutan, ils se sont sentis tout petits devant l'immensité des montagnes. Six mois et 5 000 kilomètres plus tard, Alexandre Poussin et Sylvain Tesson entraient au Tadjikistan, après avoir accompli la traversée intégrale de l'Himalaya, à pied, d'est en ouest. Les deux jeunes gens se sont lancés dans ce pari sans préjugés ni certitudes. Ils se sont refusé les tentes, les vivres, les porteurs. Ainsi, dans cette région très peu peuplée, n'ont-ils pu compter que sur des rencontres, sur ce rapport d'échange oublié entre l'étranger et ses hôtes, pour se nourrir et s'abriter. Ensemble, ils ont franchi des frontières, clandestines ou non, géographiques ou spirituelles, et nous livrent un récit enthousiaste, un regard sur les autres et sur le monde profondément sympathique. Laffont 1998, repris en Pocket 2006- On a roulé sur la terre. Le point de vue de l'éditeur. Au départ de leur aventure, il y avait un beau pari : faire le tour du monde à bicyclette, en un an. Jour pour jour, avec pour tout budget moins de 6 000 francs chacun! 365 jours après, Alexandre et Sylvain sont revenus avec 31 pays et 25 000 kilomètres dans les mollets. Ils ont traversé l'Afrique, le continent américain, l'Asie, les pays de l'Est et enfin l'Europe de l'Ouest, vivant chez l'habitant, au gré de leurs rencontres, et remerciant leurs hôtes avec le spectacle de jongleries et de flûtes mis au point pour l'occasion. Improvisation et débrouillardise, anecdotes burlesques, petites et grosses contrariétés, mais aussi splendeur et poésie émaillent le récit de leur voyage. Au-delà de l'exploit sportif d'un tour du monde à bicyclette, les aventures surprenantes de deux étudiants français qui racontent, avec toute la fraîcheur de leurs vingt ans, ces 365 jours à la découverte du monde. Robert LAffont 1996.Et aussi: Katastrôf ! Bréviaire de survie français- russe, chez Mots et Cie 2004; Les jardins d'Allah, et Nouvelles de l'Est, chez Phébus; Les Pendus, au Cherche Midi; Himalaya visions d'un marcheur des cimes, chez Transboréal. |
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