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Jean-Paul GAY - Le neveu de Gaspard. La Fontaine de Siloé. Le mitan du XVIIe siècle, dans le Val Montjoie.
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Jean-Paul GAY - Le Neveu de GaspardLes aventures d’un colporteur savoyard Nous sommes en 1645. Gaspard, un colporteur qui a quinze ans de métier, entraîne Jean-Baptiste, son neveu, pour son premier voyage. Le point de départ est le Val Montjoie, autour de Saint Gervais, une région que l’auteur connaît bien. A cette époque, l’univers des habitants est souvent réduit au hameau dans lequel ils vivent, péniblement. Misère, guerre, peste… Alors partir… Partir, échapper à Dame Misère, est un rêve souvent caressé. Mieux valait tenter de vendre «ici ou là quelques boutons d’étain, une aune de mousseline de Hollande ou un petit miroir à des villageoises méfiantes et austères» que de mourir, de toute façon, mais sans rien tenter. Certes, la vie d’un colporteur n’avait en certains endroits pas plus d’importance que la pierre du chemin mais c’était quand même la vie. Dans cet univers des «roulants» les certitudes «sont comme la neige chez nous: éphémères, changeantes et parfois pleines de traîtrise.» Ajoutez à cela quelques zestes d’interdits, voire quelques frissons de petit trafiquant et, finalement, cette vie là ou une autre… Autant jouer «carte sur table avec son destin.» Jean-Baptiste croit, comme beaucoup, que la nature est rebelle, qu’une «cohorte d’esprits à la solde du Malin règne sur les sommets.» Le curé est un personnage important, qui, faute de mieux, fait gober n’importe quoi. A la Saint Michel, il officie pour que les merciers, chaudronniers, raccommodeurs et autres charpentiers se retrouvent une dernière fois avant l’hiver qui va interdire la circulation. C’est à la Saint Michel que les «gueux», qui savent qu’ils n’auront rien à manger de l’hiver s’ils restent dans leurs villages, s’apprêtent à partir vers les «Allemagnes». Comprendre: les grandes plaines de Saxe, au-delà du Pays de Vaud ou de Comté… Avoir faim le moins longtemps possible était l’une des principales raisons d’être et d’agir, de façon honnête ou non, selon les circonstances. Ite misse est. «Inutile de savoir lire dans les astres pour se faire une idée de ce qui constituerait son lot quotidien dans les mois à venir. Une fois encore, le froid et la faim l’accompagneraient comme de sinistres anges gardiens et il passerait plus d’une nuit avec la terre d’un fossé pour unique paillasse. Il savait aussi qu’il lui faudrait souvent ruser pour déjouer les pièges des faux-monnayeurs de l’amitié et ne jamais ôter trop tôt la cuirasse de l’indifférence qui le protégeait des autres.»
Récit d’apprentissage. Nous suivons Gaspard et Jean-Baptiste, son neveu, l’un et l’autre, l’un sans l’autre, dans leurs pérégrinations. La vie quotidienne des colporteurs. La vie l’amour (Dorine), la mort. Nous apprenons évidemment beaucoup de chose sur cet univers et cette époque. Des us et coutumes dévolus, d’autres encore actuels. Qui veut vendre doit être propre. Mais auberges et chemins n’ont pas le confort d’aujourd’hui. Genève est la «Rome des Protestants» et un nouveau «fléau» apparaît : le livre. Le livre, cet objet qui «colporte» des idées – calvinistes en l’occurrence – aussi bien, aussi vite et facilement que l’orateur pourrait le faire lui-même. Et, comme toute marchandise interdite, son transport rapporte beaucoup plus que celui des toiles de cotonnade. Mais comporte aussi plus de danger. Le choix est vite fait, quand on a l’ambition de laisser quelque bonheur sur terre, à des proches. Plus tard, Jean-Baptiste comprendra que le livre est doublement dangereux. Parce que c’est un objet qui véhicule des idées, mais aussi par la découverte de ces idées, en somme, de la culture. «Dans sa lignée, personne n’avait jamais et besoin de déchiffrer le moindre mot ou de signer son nom pour mieux supporter une existence faite de soumission et de labeur. Et si dans les environs de Saint Gervais il se trouvait un laboureur ou deux sachant lire ou écrire, ces derniers n’obtenaient pas de plus belles récoltes que les autres et sous leur toit la tomme n’avait pas un goût meilleur que chez le dernier des illettrés.»On peut certes vivre sans savoir lire ni écrire. Et l’on peut avoir des idées, voire des connaissances, transmises de génération en générations. Mais ces connaissances «se trouvaient soudainement dépréciées pour peu que votre clocher ne soit lus le pivot de votre univers. Sans qu’il puisse le formuler (il) avait prit conscience qu’un abîme séparait une série de savoir ancrés dans la vie et l’histoire de sa vallée d’avec d’autres savoirs plus universels.»
Jean-Baptiste apprendra-t-il le métier de colporteur? A quel prix ? Pour en faire quoi? Nous laissons le lecteur le découvrir dans ce récit historique très bien écrit, très vivant, en forme de roman, un peu mélo quand il le faut, qui raconte ces errances obligées, vécues. Le ton du livre est plaisant. Les dialogues sont supposés être d’époque. «Que me chantes-tu là, buvetier ! Reprends ton souffle et arrange tes idées pour les rendre présentables, on dirait que la bise t’est entrée par l’oreille et t’a chahuté le cerveau!»Ou bien: «Ces colporteurs, c’est mystère et j’t’embrouille… un sourire à quatre dents, une parole de vraie pour trois onces de mensonge, tous les mêmes… ils vendraient des parcelles de purgatoire aux Ministres de Calvin.»Ou encore: «Oh! Oh! Mais on dirait qu’il va pas fort, l’apprenti marchand de dentelles! Faudrait voir à se botter le cul et à pas se regarder le nombril comme un saint sacrement! tonna la maîtresse de maison.»Les mots du temps, ou ceux de l’auteur ? Peu importe, ça sonne! Les premières lignes: «Une immense nappe de soleil glissait imperturbablement de la montagne du Truc. Bientôt elle atteindrait le fond de la combe de Miage. Le temps d’un Pater, et elle serait là à caresser les bouquets de rhododendrons bordant le torrent. Quelques battements de paupières encore et elle viendrait lécher les murs de pierres sèches des deux chalets de l’alpage, blottis au pied du vallon remontant vers le col de Tricot. Pour l’heure, des lanières de fumée se faufilant de tous les interstices des toitures de lauzes, créaient au milieu de l’alpage un cocon bleuâtre d’où s’échappaient des bruits de seaux s’entrechoquant et des lambeaux de jurons mêlés à des raclements de gorge. Il y avait déjà beau temps que les chozalands étaient à la tâche.» Editions La Fontaine de Siloé 2001. |
Pierre SILVAIN - Julien Letrouvé colporteurC'est précis: le 16 Août 1792. Julien Letrouvé, un homme «rugueux, peu parlant, à cheveux roux toujours en bataille, à peau rebelle au hâle du grand air des chemins et des saisons fréquemment excessives dans ces régions, à large mains ayant des gestes délicats qu'elles auraient conservés», Julien le colporteur «n'appartenant pas à la corporation des porte-balles» puisqu'il colportait exclusivement, «orgueilleusement» des livres, vient chercher sa marchandise chez le libraire. Parmi les livres chargés, citons L'Histoire de Fortunatus, Mélusine, La Complainte du Juif errant, Till l'Espiègle, La Farce de maître Pathelin... Le moral n'est pas au beau fix, pas plus que le temps. Partir encore... Partir. Partir à travers champs et sur les routes, entre Vitry le François ,Sainte Menehould, Rethel et la butte de Valmy, et finir les journées dans un endroit où «moyennant cinq liards il aurait la soupe et le pain, le gîte pour la nuit, la paillasse, la chandelle, la compagnie des puces.» Plus loin ce sera «une salle empuantie par l'odeur de la faune indistincte.» Même les champs ont une odeur. «Le vent qui s'était levé sur le tard apporta l'odeur. La puanteur excrémentielle qu'avait laissé les troupes après leur passage envahit la clairière.» Partir, vendre, repartir: telle est la dure loi des colporteurs. Cette phrase en forme de complainte la résume bien: «Il continua vers l'est, marcha durant des jours, d'un pas qui jamais ne se relâcha, par des voies qu'on eût en vain cherchées sur les plans et les cartes, si longtemps qu'on finit par perdre sa trace. »C'est en marchant du coté de Valmy, non loin du champ de bataille, autour du 10 septembre, que Julien va faire une rencontre qui va changer son existence. Si l'auteur est très précis sur certains points, il l'est beaucoup moins sur d'autres ,ce qui laisse bien sûr de la place pour le lecteur. D'où vient Julien? Où va-t-il exactement? Qui est cette femme qui l'attend, cette femme qui lui avait lu des livres lors des veillées de son enfance? Le style est sec, sans fioriture, un peu comme un scénario (lire les premières lignes ci-dessous). Le vocabulaire aussi est précis: le «glui craquant dont est tapissé le sol» ou «écreigne» ou «le sol d'un ressui de femelles en folie» ne sont plus des expressions que l'on lit tous les jours. Un beau récit de l'errance. Les premières lignes. «Il pénétra dans la ruelle des Chats. Le temps s'était fait de plus en plus menaçant. L'obscurité presque complète emplissait le passage resseré entre les maisons. Au-dessus d'une des portes, il parut chercher à tâtons la saillie d'un motif sculpté au coin d'un linteau qu'il savait être la tête hilare d'un démon. Il arriva dans ma rue des Quinze-Vingts, puis dans celle de la Monnaie. Julien Retrouvé se rendait chez l'imprimeur Garnier pour se fournir en petite livres bleus. Les gouttes, avec violence, s'abattirent au moment où il atteignit le seuil de l'établissement.» Éditions Verdier 2007. |
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«il n’y a point aussi de lieux agréables à habiter ni de satisfactions pour les yeux et pour le cœur, là où l’on manque d’air et d’espace.» CHATEAUBRIAND
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CHATEAUBRIAND - Voyage au mont BlancEn 1805 le mont Blanc fascine les voyageurs, la montagne devient un lieu «de libération et d’élévation spirituelle» (je cite l’auteur de la préface, A-M Boyer). C’est le moment que choisit Chateaubriand pour débarquer à Chamonix, après un séjour chez Madame de Staël à Coppet, près du Leman. Et pour faire sa mauvaise tête. Ce petit livre (paraît-il oublié des oeuvres complètes) est un régal de drôlerie, et de mauvaise foi, penserait-on aujourd’hui. Car rien ne va, rien ne plait à Chateaubriand (hormis les pins et leur odeur). Les montagnes ? Certes «Il n’y a pas de beaux paysages sans un horizon de montagnes», mais «il n’y a point aussi de lieux agréables à habiter ni de satisfactions pour les yeux et pour le cœur, là où l’on manque d’air et d’espace.» Les montagnes ne sont que «de lourdes masses point en harmonie avec les facultés de l’homme, et la faiblesse de ses organes.» On est trop près, c’est trop gros, trop lourd, quant à la perspective... Les couleurs, peut-être ? Non plus. Toujours à cause de la perspective. On est trop près, les couleurs du coucher de soleil s’apprécient mieux depuis Genève. Quand aux «draperie blanches des Alpes» elle ont un inconvénient : «elles noircissent tout ce qui les environne, et jusqu’au ciel dont elle rembrunissent l’azur.» Quant aux chalets décrits par Rousseau, ce ne sont que «de méchantes cabanes remplies du fumier des troupeaux.» N’en jetez plus. Sans doute Chateaubriand préférait-il la mer... Les premières lignes. «J'ai vu beaucoup de montagnes en Europe et en Amérique, et il m'a toujours paru que dans les descriptions de ces grand monuments de la nature, on allait au-delà de la vérité. Ma dernière expérience à cet égard ne m'a point fait changer de sentiment.» (Éditions Séquences 1994.) |
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Maurice CHAPPAZ - La Haute route« Au commencement était le précipice. » Les alpinistes, qui ont la chance de fréquenter des lieux magiques, ne sauraient pas décrire la montagne. La littérature maritime, liée au commerce, existe : voir Conrad, Melville. La littérature alpine ne serait pas littérature, car il s’agit d’un sport. C’est ce que pense CHAPPAZ (né en 1916) pour qui « le Cercle polaire était à l’altitude 3000», et qui, baigné de lectures de Jack LONDON, décrit ainsi son pays : «notre vallée est celle des plages verticales.» Qu’est-ce que cette Haute Route, écrite en 1974 par cette figure du Valais ? L’auteur lui-même en donne une explication : « Je dis les tempêtes, la disparition, les passes d’altitude, l’absolu du désert neigeux avec le total oubli du point de départ, le vertigineux cercle des cimes blanches et tous les gestes de l’homme sur la piste dans le grand Nord marginal à nos villes surpeuplées. En cours de route écrire par taches de couleur, par cris, par mots nouveaux et sur des plans différents selon une dictée du sentiment intérieur inavouable et des fantastiques apparences qui nous entrecoupent.» On l’aura compris à la lecture de cet extrait : la Haute Route n’est pas un récit comme les autres. Bien que linéaire (c’est le récit d’une course en montagne) il est écrit dans un style qui s’apparente au poème en prose. La langue est superbe, quelques mots sont étonnants, des tournures inhabituelles. «La fricasse nous mord les phalanges, les joues, nous expurge la poitrine. Oui da ! » Fasciné par la montagne, cette « cathédrale caillasse», Chappaz nous entraîne dans un récit étrange, sensuel, impatient, poétique. Caméra sur l’épaule, cinéma subjectif. On est vraiment avec lui, skis aux pieds, dans la neige, fatigué mais ébloui. «Les cairns, les braquemarts de pierre se sont faits hommes. On est arrivé là, giflé, enveloppé par le vent, oh ! le vent : par le ciel qui flagelle.» Ce texte est suivi de Journal des 4000, récit d’une course en montagne en 1961, époque à laquelle l’auteur revient à ce sport en même temps qu’il vit une crise religieuse. C’est pourquoi on croisera Lachenal, Bonatti et... Dieu. En conclusion : un récit de montagne comme on n’en a jamais écrit. La langue peut surprendre, voire déconcerter. Insister, la poésie finit toujours par s’imposer. Les premières lignes: «Des murs de vigne sont tombés ; d’un coup des violettes se sont ouvertes. Ma vallée et moi-même nous sommes entourés d’avalanches. Nous sommes rongés par l’eau de neige. L’une d’elle barre le passage aux forains dans la combe aux tilleuls. Des tilleuls de maquis ! Ssrr... les feuilles vont bientôt mieller. Il y a un pic qui fusille à deux mille mètres comme un vieux fusil la route.» Éditions Empreintes 1991 (Lausanne). Préface de Jean-Paul PACCOLAT ; postface d’André GUX.A lire aussi: Partir à vingt ans (La Joie de Lire 1999); Le Voyage en Savoie (La Joie de Lire 2001); Grand Saint Bernard (Mini Zoe 1998); Chant de la grande dixence, suivi de "Le Valais au gosier de grive" Actes Sud. |
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« Comment pouvoir affirmer qu’elles [les légendes] ne sont que pure imagination ? En vérité, elles demeurent des hypothèses invérifiables parmi tant d’autres.»
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Damien TRACQUI - Les contes de la LombardeIl n’y a qu’une femme pour avoir raison du Diable. Les hommes, eux, se laissent très facilement avoir. Et s’ils n’avaient pas leurs compagnes pour les sortir de là... C’est la principale leçon à retenir des Contes de la Lombarde de Damien Tracqui. La deuxième c’est que lire ces contes et légendes est un régal. Entre réel et imaginaire, des travaux de tous les jours à la naissance de Jésus à Bessans, nous suivons les faits et hauts gestes des gens de la dernière vallée accessible. Troisième et dernière leçon ; un bon point à l’auteur pour sa verve et son style qui s’accordent si bien à ces histoires. Peut-être un peu trop de lieux communs et de répétitions, mais il fera mieux la prochaine fois. On lui pardonnera donc aussi une trop grande profusion de points de suspension. «Comment pouvoir affirmer qu’elles [les légendes] ne sont que pure imagination ? En vérité, elles demeurent des hypothèses invérifiables parmi tant d’autres.» Dans un pays où la foi est grande (on lira comment Landry fut accueilli puis devint, martyr, le saint patron du lieu) les objets de culte, tel le ciboire de Florence, sont parfois à la source de conflits familiaux et dramatiques. Le Diable, lui, fait ce qu’il peut, essayant de grappiller une âme ici ou là. Parfois en prenant la forme du loup-garou. Mais ses succès sont rares. Même pourvu d’une fourche et d’une massue, le diable à quatre cornes (on apprendra pourquoi dans une nouvelle) est-il vraiment crédible ? Même le Pape en rit. Alors... Bonneval, Bessans aux «hivers implacables», lArc, tels sont les scènes où se passent ces contes et légendes. Dans le «jardin du Bon Dieu». Mais la mémoire sefface. Dautant plus quil ne reste pas grand chose de tangible pour rappeler le souvenir : chapelles, monuments et même hameaux entiers ont aujourdhui disparus, emportés par la Révolution, les guerres, les caprices violents de la nature et le poids des ans. Il fallait les écrire pour ne pas les oublier. De Gertrude à Benjamin, lauteur laisse souvent la parole aux héros de ses contes. Et même à Flambeau, le chien vaguemestre de Lanslebourg. Mais un chien qui parle, dans une légende, cest normal, non ? «Sans poésie, la vie est semblable à un long défilé aux parois arides, sans soleil et sans joie.» Les habitants du pays du Diable étaient des poètes. Ils ont su mettre la vie dans leur contrée difficile. De cette poésie, il en reste des traces orales, puis écrites. Dont celles de D. Tracqui. Enfin, deux ou trois fables «modernes» (et nettement autobiographiques) concluent ce recueil. De souvenirs, ou de légendes ? Un bouquin indispensable si vous trimballez votre sac à dos du coté de Bessans ou Bonneval sur Arc. Les premières lignes. «Quelques graines d'humanité demeuraient au fond de sa hotte. Le Créateur les déposa au bord d'un torrent au pied de hautes montagnes, et pour qu'elles vivent en paix, d'un coup de pouce Il ferma la vallée.» (La Fontaine de Siloé, 1993.) |
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C.F. RAMUZ - Un coin de SavoieÉcrits entre 1909 et 1942 ces cinq textes sur la Savoie parlent d’un pays et d’une époque où tout n’est pas triste. Il y a des curés «qui ont mangé et bu comme des curés de Rabelais. Ils ne parlaient guère, ils n’avaient pas le temps.» Une époque où tout n’est pas gai non plus. Les jeunes pensent à partir. «Le pays est isolé, sans débouchés ; et on sent, tout autour, cette tentation comme visible, le soir, aux lumières qui parsèment la côte, de contrées plus actives (…) On devine là-bas une vie, non pas certes plus douce, mais plus diverse, avec toutes les chances que le mot comporte.» Les vieux rêvent de millions que d’autres ont gagné, par hasard, comme l’écrit le journal. La Savoie c’est un pays où l’on dit septante et nonante, mais pas huitante comme chez l’auteur, le canton de Vaud, qui, un temps, fut un pays savoyard. «Parce que huitante c’est laid.» C’est un pays où les femmes vont encore à l’église. «Quand les femmes prient encore, rien n’est perdu.» Quant aux hommes : «Quand aux hommes, ils sont surtout prudents et on ne sait pas au fond ce qu’ils pensent. C’est la nature fermée du paysan qui se méfie et ne se livre guère, sinon entre amis, le vin aidant. Pour l’ordinaire ils se taisent, ou, s’ils parlent, c’est pour ne rien dire.» Il y a aussi la «haine sourde» entre deux styles
de montagnards. Gros sacs, cordes et semelles à clous, contre espadrilles,
chemises blanches et serviette pour après le bain dans un lac. Il y a des
chiens et de vieux cochers. Il y a les paysages de Savoie, uniques. Où il fait
toujours beau. Enfin: «Les souvenirs trompent. Pourquoi est-ce qu’il fait
toujours beau temps dans le passé où les choses et les gens se tiennent tout
baignés d’un beau soleil qui semble n’avoir jamais pris fin ? Quelqu’un
a déchiré les pages de l’album qui étaient de couleur sombre.» Les premières lignes. «Ce n'est pas tout à fait la vraie, c'est celle du bord du lac, et non du grand, mais du petit: de Nyon, on le traverse en un quart d'heure, vingt minutes; et c'est Nermier ou c'est Yvoire, et il faut s'enfoncer un peu dans le pays.» (Éditions Séquences 1989.)A lire aussi: Divers textes sont disponibles aux éditions de l'Age d'homme; et les éditions Séquences publient de forts jolis livres; La Grande peur dans la montagne, un récit d'allure fantastique publié en 1925, un épisode montagnard, troublé par une épidémie, une fresque colorée où la superstition et la peur suscitent un climat fortement rendu par le romancier, est disponible en Livre de poche ou chez Grasset / cahiers rouges. |
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