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textes divers > portraits >> Wenceslau de Moraes


Né à Lisbonne en 1845, Wenceslau de Moraes est fasciné toute sa vie par l'Orient. Il s'établit à Macao, où il écrit ses premiers livres, en 1888. Consul du Portugal à Kôbe en 1898, il épouse une Japonaise et se consacre à l'étude de l'art, de l'histoire, des légendes, des cultes et des mœurs nippons. Après la mort de sa femme, il se retire à Tokushima et il y vit comme un véritable Japonais. Misérable et solitaire, il meurt en 1929.

Nous vous proposons de faire connaissance avec cet auteur, en lisant une notice historique et biographique ainsi que la «Chronique d'un voyage mouvementé» sur les traces de Moraes par une portugaise passionnée par la littérature de W. de MOARES, qui est allée au Japon visiter sa maison, maintenant musée, pour verser de l'eau sur sa tombe selon la culture Japonaise.

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1 - Biographie essentielle

 © Lucilia Touja 2007.

Voir le site de l'auteur: Janaka artisanat

 

Wenceslau Joé de Sousa Moraes est né à Lisbonne dans la rue Da cruz do Torel le 30 mai 1854, fils de Wenceslau de Moraes et de Maria Amélia Figueiredo Moraes. Il est entré à l’école navale et a terminé ses études en 1875 après être devenu officier de la marine de guerre portugaise. Sa profession l’amena à voyager à travers l’Asie, l’Afrique, l’Amérique et bien d’autres pays.

En 1885 il effectue son premier voyage à Macao où il demeure pendant plusieurs années en travaillant comme vice commandant de la capitainerie du port de Macao et comme professeur de mathématique au lycée local. Iil se maria avec une femme anglo-chinoise nommée Atchan, il eut deux fils. Pendant son séjour à Macao il fit plusieurs voyages en Chine et au Japon, pays, pour lequel il se passionna au point de se séparer de Atchan et de ses deux fils pour aller vivre dans ce pays.

En 1899 il abandonna sa carrière militaire pour devenir consul du Portugal à Hiogo (Kobe) et Osaka. Il tomba amoureux d’une Geisha nommée O-Yoné Fukomoto et l’épousa, mais celle-ci tomba gravement malade du cœur et mourut en 1912. Après la mort de O-Yoné, Wenceslau de Moraes abandonna toutes ses charges diplomatiques en 1913 et se dédia complètement à l’écriture. Il se convertit au Bouddhisme et décida de rester vivre au Japon pour toujours. Il vécu à Tokushima avec Ko-Karu, nièce de O-Yoné. Mais Ko-Karu tomba elle aussi malade et mourut de la tuberculose en 1916.

Wenceslau de Moraes resta seul et malade, et mourut à 75 ans. Il fut incinéré et ses cendres furent déposées dans la tombe de Ko-Haru conformément à son désir.

Wenceslau de Moraes était un homme qui vécu intensément chaque moment de sa vie et spécialement au Japon. Ses livres parlent de la vie et de la mort, de la joie et de la tristesse, des coutumes, de l’exotisme, de la culture et de la manière d’être des Japonais. Son esprit d’analyse sur le monde de son époque et son intuition ont fait qu’il a su prévoir les conséquences mondiales de l’entrée du Japon, la Chine et de la Russie dans le 20è siècle. Sa sensibilité et sa subtilité nous donnent une bonne vision de l’équilibre entre le monde oriental et occidental.

Au Japon on le connaît sous deux noms: Kaihyo, son nom après sa mort, et Sokoinden Kyokusho Bunken Daikojii qui veut dire Pèlerin et écrivain qui habite un château entouré d’algues (la mer) et de lumière.

Publication de Wenceslau de Moraes :

1895- Traces de l’extrême Orient
1897- Dai-Nippon (son best-seller)
1904- Lettre du Japon
1905- le culte du thé
1906- Paysages de la Chine et du Japon
1907- La vie japonaise
1916- Le Bon-odori à Tokushima
1917- Ko-Haru
1923- 0-Yoné et Ko-Haru
1924-Coup d’œil sur l’histoire du Japon
1926 - Les soirées au Japon -Aperçu de l’âme japonaise, qui est le livre le plus célèbre au Japon.


2- Un peu d'histoire... et de géographie

Les portugais arrivèrent au Japon en 1543, précisément dans l’île de Tanegashima. Ce fut une grande rencontre entre le Japon et le monde occidental. A partir de cette date, l’échange culturel entre le Japon et le Portugal s’intensifia jusqu’à nos jours. En 1967 le gouvernement civil de Leiria au Portugal (la préfecture) demande le jumelage entre la ville de Leiria et la ville de Tokushima. En 1968 une délégation de Tokushima visita Leiria et le jumelage devient officiel l’année suivante le 5 septembre 1969.

Tokushima

Tokushima se situe sur la partie orientale de Shikoku et bénéficie d’un environnement et d’un climat privilégiés; son activité économique principale est la pêche, la production de papier Washi, de céramique otani et de l’indigo.

La ville de Tokushima a reconstruit la maison de Wenceslau de Moraes, la transformée en musée, et à également construit un monument au pied du mont Bizan. Il existe aussi une avenue de Leiria-Portugal près du temple Tokay ou il y a l’hôtel bouddhiste de Wenceslau de Moraes.

Leira

Leiria se situe dans la région centre du Portugal, à 146 Kms de Lisbonne, à 72 Kms de Coimbra et à une vingtaine de kilomètres de l’Océan Atlantique. Son climat est doux, c’est un centre agricole et d’élevage important, elle possède aussi des industries comme des scieries, production et transformation de résine, usines de marbre etc.… Actuellement le tourisme à augmenté. Son beau château qui date du 12è siècle est une tentation à plonger dans l’histoire et la culture de la ville.

A Leiria il y a une rue Tokushima située dans le quartier « dos Capuchos » (Près du couvent « da Portela »). En 2004, année ou fût célébré les 150 ans de Wenceslau de Moraes, les commémorations furent mutuelles entre le Japon et le Portugal (conférences, expositions, voyages d’études, visite officielle au Portugal comme celle de Son Altesse Impériale : le prince héritier Hironomiya et le président de la chambre des représentants, Monsieur Nakano, et de visite officielle au Japon de la ministre des affaires étrangères du Portugal Dra. Teresa Gouveia.


3- Chronique d'un voyage mouvementé

Au mois d’avril 1980, le Maire de Leiria, Monsieur Carlos Pimenta, a organisé un voyage en Orient. Et bien sûr le point fort de ce voyage fût le Japon avec une visite à la ville de Tokushima. A cette époque j’étudiais la médecine chinoise et ce voyage tombait à point. Nous fûmes une trentaine de personnes, en majorité chefs de diverses entreprises, accompagnés par un guide exceptionnel quant à son dévouement, sa gentillesse et son professionnalisme.

Le jour du départ, quand nous sommes arrivés sur la place de la mairie de Leiria pour prendre un bus qui devait nous amener à l’aéroport de Lisbonne, une belle surprise nous attendait, qui se révéla être une difficulté. En effet la mairie avait décidé que chacun de nous devait amener un emballage de 3 bouteilles de vins pour offrir aux personnalités de la ville de Tokushima, grands amateurs de vins portugais. Quelques unes de ces bouteilles se brisèrent pendant le voyage en bus vers Lisbonne et jusqu’à l’arrivée à Tokushima elles nous donnèrent des maux de têtes pour les préserver convenablement jusqu'à leur destination…

A l’arrivée à Tokyo, après un vol  durant lequel les hôtesses nous offrirent coussins et couvertures parfumées, serviettes chaudes pour nous détendre, et boissons gratuites à volonté, nous avons pris immédiatement un autre vol pour Tokushima. – Une des personnes qui nous accompagnait avait oublié son appareil photo dans l’avion qui nous avait amené du Portugal. Quelle ne fut pas sa surprise quand elle découvrit que son appareil l’attendait à la réception de l’hôtel à Tokushima! – Le soir nous avons eu droit à une grande réception avec un banquet fabuleux. La table ressemblait à une œuvre d’art multicolore. La présentation de chaque spécialité était très raffinée et si merveilleusement réalisée que nous n’osions pas toucher comme si cela eut été un sacrilège de déranger toute cette harmonieuse présentation. Tous les représentants officiels de la région présents nous invitèrent à commencer le repas qui se déroula comme une initiation: chaque bouchée était savourée de manière à apprécier au mieux toute la subtilité des différentes saveurs et odeurs de cette cuisine que nous ne connaissions pas.

A la fin du repas, un groupe de danse Awa-Odori nous offrit un très beau spectacle et nous convièrent à danser avec lui. Et bien sûr, personne n’eut le courage d’aller sur la piste de danse! Le maire de Leiria vint me trouver et me dit: «s’il vous plaît, sauvez nous de cette situation embarrassante!» Et c’est ainsi que je me suis retrouvée sur la scène de danse avec toute la troupe d’artistes, après m’être déchaussée pour être plus à l’aise. Les tambours, jouaient, jouaient si forts et de telle manière que j’avais l’impression de rentrer dans une sorte de transe. Je réussis à danser et à improviser avec le groupe, pour finir exténuée. Les danseurs me portèrent sur leurs épaules et m’offrirent un costume de danse Awa-Odori.

Pendant plusieurs jours, nous avons visité Tokushima. En premier lieu le musée et la tombe de Wenceslau de Moraes. Nous avons eu des explications sur ce qu’avait été sa vie au Japon et sur tout ce qui était exposé au musée. Puis il y eut un hommage près de son tombeau ou chacun de nous jeta de l’eau sur sa pierre tombale. Les diverses visites se sont succédées, chronométrées à la seconde près, ce qui ne fut pas facile avec un groupe venu d’Europe du sud ! Nous avons également visité la station de traitement des eaux, le marché aux poissons, et les tourbillons d’eaux dans la mer sur des bateaux qui s’approchaient d’eux dangereusement.

Nous avions un guide japonais, Tanaka, qui fit preuve d’une grande patience avec nous, principalement dans les restaurants, pour que nous puissions comprendre un tant soit peu les menus dans un laps de temps raisonnable. La nourriture était toujours un délice, et nous trouvions souvent une ressemblance avec la cuisine portugaise dans la préparation des plats de poissons, et des desserts. Il y avait aussi des restaurants spécialisés dans la cuisine du bambou, ou nous avons eut droit à des explications, de la plantation à la dégustation.

Le temps passait rapidement, mais je réussis à visiter quelques médecins acupuncteurs spécialisés dans la rééducation physique et qui m’offrirent une montagne de matériel d’acupuncture.

Après Tokushima nous avons visité les villes de Nara, puis Kyoto avec ses temples, parcs et jardins magnifiques, arbres et lacs où les carpes et les pigeons étaient rois des lieux. Souvenirs d’images fantastiques enveloppées de silence Zen et de la population que nous rencontrions, qui était d’une extrême gentillesse. Les gens étaient souvent vêtus d’habits traditionnels, ce qui donnait l’impression d’être dans une autre dimension. Il arrivait que des jeunes entourent l’un de nos collègues qui était barbu pour lui toucher la barbe et faire une photo avec lui.

Puis ce fut le temps de partir pour Osaka, une ville immense et moderne qui n’avait rien à voir avec ce que nous avions visité jusqu’à présent. Les centres commerciaux nous épatèrent par leur gigantisme. Ils avaient plusieurs étages souterrains et chaque étage était dédié à un seul genre d’article (par exemple, il y avait, un étage pour l’électroménager, un autre pour les vêtements etc.…) Nous avons passés des heures et des heures pour arriver à ce que tous les membres de notre groupe aient fait leur choix, surtout les appareils photos et vidéos.

Une autre découverte dans la ville d’Osaka fut le marché nocturne, où l’on trouvait de tout, mais en particulier beaucoup de fruits de mer et de poissons. La plupart d’entre nous n’ont pas résisté à acheter quelques kilos de fruits de mer pour manger en cachette dans la chambre d’hôtel. Sur le chemin du retour, avant d’arriver à notre hôtel nous avons traversé des quartiers typiques où nous apercevions beaucoup d’hommes sortant des maisons de Geisha, la plupart étaient tellement saouls que c’étaient les Geishas elles mêmes (une de chaque côté ) qui les conduisaient jusqu’à leur voiture.

Après Osaka nous sommes allés à Tokyo, où notre hôtel pour l’époque était hypermoderne; il avait environ 40 étages, avec à son sommet un restaurant panoramique qui tournait sur lui-même. La construction était anti-sismique, ce qui parfois nous provoquait des vertiges à cause des petites oscillations permanentes de l’édifice.

A Tokyo nous avons été invité par le consul du Portugal qui nous a offert un cocktail bien sympathique si ce n’était le tremblement de terre qu’il y a eut et qui nous a rendu un peu nerveux. Par la suite nous avons visité tout ce qu’il y avait à voir à Tokyo, sans oublier, le train à haute vitesse, suspendu. Et pendant que les autres femmes du groupe faisaient leurs achats de perles, je me suis échappé pour visiter une maison traditionnelle où avait lieu la cérémonie du Thé et où il y avait des ornements floraux (Ikebana). Le parcours jusqu’à cette maison n’a pas été chose facile. En principe j’aurai dû prendre un taxi, mais j’ai pensé que cela pourrait être intéressant de prendre le métro jusque là. A l’hôtel on m’avait donné une carte de visite avec l’adresse de la famille où je devais me rendre. Ce fut une expérience incroyable. Il y avait une foule énorme qui avançait de tous les côtés, mais d’une manière très disciplinée. J’ai réussi à avoir un ticket en montrant la carte de visite, mais sans savoir quel était le métro que je devais prendre. Finalement je suis montée au hasard, et bien entendu ce n’était pas le bon métro. Je ne comprenais rien du nom des stations, alors j’ai demandé à un étudiant en lui montrant la carte de visite que l’on m’avait donné et il me dit: «it’s not here, come with me please». Après avoir changé deux fois de rames il me conduisit jusqu'à l’adresse indiquée et tout cela avec le sourire. Ce fut une belle leçon d’hospitalité!

Notre voyage au Japon arrivait à sa fin, et je me sentais attirée par ce pays plein de contrastes, si loin en distance mais si près de mon cœur où je suis certaine que je m’intégrerais avec une grande facilité .J’ai gardé de ce voyage le souvenir de personnes accueillantes toujours prêtes à nous aider.

Avant le retour au Portugal nous avons eu l’opportunité de visiter Hong-Kong et la Thaïlande. A Hong-Kong j’ai connu un médecin acupuncteur qui m’a soigné d’un problème circulatoire contracté pendant ce voyage, ce qui m’a permis de travailler avec lui plusieurs mois l’année suivante. Une fois revenu au Portugal, la langue portugaise sonnait étrangement dans mon oreille, les sons de l’Orient avaient imprégné mon esprit et j’eu besoin de plusieurs semaines pour atterrir complètement.

© Lucilia Touja 2007.


Livres

Deux livres de cet auteur sont disponibles: Le culte du thé, éditions La Différence 1998, et O-Yoné et Ko-Haru paru chez Phébus en 2005.

O-Yoné et Ko-Haru. 

Le point de vue de l'éditeur. Considéré par certains (Yasushi Inoué, Nicolas Bouvier) comme l'écrivain occidental qui a su approcher au plus près l'intime génie du Japon, le Portugais Wenceslau de Moraes (1854-1929), goûté dans le monde entier par tous les amateurs de littérature voyageuse, était resté jusqu'à ce jour quasi inconnu des lecteurs de langue française, à un remarquable livre près: Le Culte du thé. Trente années durant, ce solitaire épris de belles passantes s'est exilé volontaire à Kôbé. Il épouse une Japonaise, s'appliquera à dresser la carte du Tendre de l'empire du Soleil-Levant, au fil de subtiles chroniques qu'il destinait aux journaux de Lisbonne. Les seize récits ici rassemblés, pour l'essentiel composés vers la fin de la vie de l'écrivain, conjuguent comme à mi-voix humour blessé et nostalgie. Moraes s'intéresse à tout : aux femmes bien sûr, aux paysages, aux scènes de la rue, aux saisons qui nous parlent du temps qui passe... Sous le sourire filtre la tristesse d'un vieil homme solitaire, qui arpente les cimetières aux côtés des fantômes de ses défuntes O-Yoné et Ko-Haru, des fantômes qui se métamorphosent en lucioles lorsqu'ils en ont le loisir... - et qui appelle de ses vœux le jour béni où il s'allongera enfin auprès d'elles. Le résultat: un cocktail à doses finement équilibrées - moitié saudade lusitanienne, moitié zen de pure essence nippone. Yasushi Inoué affirmait que la lecture des Œuvres complètes de Moraes était à ses yeux un devoir pour tout lecteur, japonais notamment. Ajoutons que c'est aussi un plaisir - et de la rare espèce. Phébus 2005


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