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les récits de voyages > David de Roulet >> Carnet de route


Daniel de Roulet est né à Genève en 1944. Après une formation d’architecte, il a gagné sa vie comme informaticien, spécialiste des réseaux de télécommunications. Depuis 1997 il se consacre entièrement à l’écriture.. Ses romans ont aussi été publiés à New York et aux Pays-Bas. Il court les marathons à temps perdu et habite la France. Il nous propose un extrait de L'Envol du marcheur!

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Carnet de route

Carnet de route est  extrait de L’envol du marcheur, de Daniel de Roulet. Éditions Labor et Fides, 2004

L'Envol du marcheur. Départ: Paris, arrivée: Bâle. Entre les deux, un parcours à pied dans la France profonde. Trois semaines durant, Daniel de Roulet décortique ce qu'il voit et ceux qu'il rencontre. Le monologue vigoureux de la journée devient la nuit dialogue imaginaire avec un autre promeneur solitaire qui, quarante ans plus tôt, a fait le même voyage. Banlieues, agriculteurs, absence de cafés et terrains vagues se côtoient au gré des aléas, comiques ou désespérants, de la Nationale 19. Auteur pudique, Daniel de Roulet dévoile dans ce récit, sans en avoir l'air, de magnifiques fragments d'intimité. Les images de Xavier Voirol viennent, en contrepoint, ponctuer le récit avec perspicacité et élégance. Labor et Fides 2004.

Mardi 22 mai

Le mardi matin à Brie-Comte-Robert, je prépare soigneusement mon trajet pour atteindre Nangis. Trente-quatre kilomètres par la N19, soit quarante-cinq pour le marcheur qui veut l’éviter, prendre ailleurs son élan. Par de petites départementales, je rejoins la vallée de l’Yerres. Ici pavillonnent les pendulaires. A huit heures, les femmes conduisent à l’école des enfants attachés sur le siège arrière, les hommes partent travailler avec l’autre voiture, les femmes de ménage arabes arrivent d’on ne sait où. La rivière charrie une eau brunâtre, amenée par des affluents aux phosphates mousseux.

Derrière une palissade, un lotissement de roulottes défoncées. Les chiens aboient, la caravane reste sur place. Flottent les relents d’un brûlis de décharge. Tout ne se consume pas : carcasses de voitures, éviers, emballages indestructibles.

Le chauffeur d’un car de ramassage scolaire, me trouvant bien seul sur sa route, s’arrête, me propose de m’emmener. De tout le voyage, c’est la première offre. Je la décline, remercie chaleureusement.

Grégy-sur-Yerres, Evry-les-Châteaux, Soignolles-en-Brie. Anciens bourgs paysans, bistrots fermés, classes d’école regroupées. Les ci-devant magasins restent vides, vitrines sales ou stores baissés à jamais, fenêtres condamnées, portes murées.

A quoi sert un trottoir d’une largeur variant entre dix et soixante centimètres ? A planter des poteaux électriques. A qui sert un trottoir qui rétrécit justement dans les endroits sans visibilité ou qu’un revêtement labouré d’ornières empêche de fréquenter ? Aux automobilistes qui évitent ainsi d’enfoncer les façades de la localité traversée. A leur approche, le marcheur n’a plus qu’à se plaquer contre le mur.

Autour de ces villages, les lotissements offrent un habitat plus moderne, tout aussi asocial. Les pavillons sont aux maisons délabrées ce que le TGV est à la traction à vapeur.

Avant Champdeuil, je passe sur la nouvelle voie ferrée qui contourne Paris. Son emprise au sol dépasse quatre-vingt mètres, mais la zone dans laquelle toute conversation reste inaudible est plus large encore. Qui voudrait bien, par ici, entreprendre une causette ?

Passé midi, je trouve à Champeaux un café non barricadé, Le Triangle Vert. Loin à la ronde, les autres ont fermé. Seule nourriture disponible, un jambon beurre. Sa rareté en assure l’excellence.

La collégiale Saint-Martin dans laquelle je pénètre par hasard se révèle d’une beauté stupéfiante. Monument du XIIe siècle, double colonnade, j’en goûte longuement la sérénité. Sa fraîcheur n’est pas entamée par l’éclatante lumière du choeur. Il y a très longtemps, par ici, les voisins s’assemblaient nombreux pour écouter le pèlerin de passage. Qu’aurais-je eu à leur raconter, moi qui crois à si peu de choses ?

La D57 traverse une série de villages sans autre vie que des mises en garde standardisées :

- Attention au chien, je monte la garde, vous pénétrez dans cette enceinte à vos risques et périls, chiens méchants, ici je veille.

Sur le bord de la route, les passants motorisés ont abandonné les emballages de leurs achats (polystyrène, bouteilles, canettes) ou leurs achats eux-mêmes (fours à micro-onde, canapés, chaises de jardin).

Saint-Méry. Bombon et son château. Bréau. La Chapelle-Gauthier. A perte de vue sous le soleil de plomb, des cultures industrielles de céréales. Elles sont vertes et sur pied, elles.

Seize heures, je n’en peux plus, me décide pour la D408 qui part droit sur Nangy. Son avantage : elle traverse une forêt ombragée. Son désavantage : les semi-remorques prennent leur élan sur la ligne droite, m’obligeant à sauter plusieurs fois dans le profond fossé. A Fontenailles, peu avant Nangy, je compte sur l’Hôtel de la Forge pour passer la nuit. La patronne m’annonce :

- Hélas, Elf passe avant.

La raffinerie de pétrole voisine, Grandpuits, a des ennuis. De nombreux ingénieurs ont réservé pour la nuit. Je reprends la route, boitant sur mes ampoules, m’enfonce sous les arbres jusqu’à l’entrée d’un grand domaine. Le gazon d’un vert artificiel y ressemble à une moquette. Le Golf de Fontenailles possède des chênes centenaires et des platanes gigantesques. Pour ceux qui peuvent se la payer, la nature resplendit. D’un pas ragaillardi je traverse le parc. Avec mon short beige, ma casquette à visière et mes baskets, je passe facilement pour un golfeur, même si je ne comprends pas les sévères mises en garde :

- Balles de practice formellement interdites sur le parcours, les zones d’approche, le putting green sous peine d’exclusion.

Comme je n’ai pas l’air d’un exclu, l’hôtesse du Château de Boudran m’accueille en anglais. Je profite du tarif préférentiel pour joueur de golf. Il comprend le repas du soir et la nuitée pour une bouchée de brioche. L’hôtesse imagine que mes bagages attendent dans la Mercedes, à côté de l’héliport. Je prends mes quartiers dans une grande pièce mansardée du premier étage, c’est-à-dire faite comme Mansard savait les aménager. De vraies fenêtres dans un toit d’ardoise avec trois chevrons de chêne presque verticaux et apparents.

Dans la luxueuse salle de bain, je soigne mes coups de soleil sur les avant-bras que ma chemise ne protégeait pas. Les pieds aussi se révèlent dans un triste état. La pharmacienne de Brie-Comte-Robert m’avait demandé :

- Vous voulez une nouvelle peau ?

Bien sûr. Qui hésiterait à changer de peau ? Quel gâchis ! Par les fenêtres, la lumière baisse, paresseuse. Les arbres du parc étirent leur ombre. Rouge le soir, beau temps à voir. Une notice de l’hôtel annonce que ce château a offert l’hospitalité à Marcel Proust. Sur la terrasse au-dessous de moi, quelques vieux royalistes prennent le frais en parlant de l’Histoire, la grande bien sûr : la grève des postes et le frémissement des cours. Le ciel embrasé les laisse indifférents.

Le soir dans la grande salle du restaurant, À la Recherche du Temps perdu, je mange seul, malgré les tables rondes dressées pour une centaine de convives. Le décor feint l’ancien : lourdes tentures, chandeliers électriques faits de cors de chasse, moquette épaisse. Le tout dans les verts pâles. Plus tard, deux homosexuels anglais viennent me tenir compagnie. Les cinquante chambres du château restent vides ce soir, la semaine coupée par l’Ascension convenant mal à la tenue de séminaires. Excellent bordeaux, plateau de fromage gargantuesque. Le maître d’hôtel me recommande différentes sortes de Brie. Comme je lui fais remarquer qu’à travers toute la Brie je n’ai rencontré aucune vache, il me présente une courbette stylée et cette réflexion définitive :

- Monsieur, nous savons cacher nos vaches.

La vie de château a quelque chose de fascinant: pas un voisin, pas un manant, et des courbettes avec le fromage. Longtemps je me suis couché de bonne heure...


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Kamikaze Mozart est un roman. Il s’appuie sur des faits réels dont j'ai retrouvé la trace dans d’autres livres ou grâce à la mémoire des survivants.

> J'ai lu ce livre. Je le recommande. LB

Kamikaze Mozart

Le point de vue de l'éditeur. Mars 1942. Tetsuo Tsutsui, pilote de l'armée japonaise engagée pour sa Majesté l'Empereur dans la guerre contre les États-unis, écrit à sa fiancée. Il ne l'a jamais vue. Grande interprète de Mozart, cette dernière commence une carrière de concertiste au conservatoire de Berkeley - chez l'ennemi. Indifférente, elle espère échapper à son sort. A Berkeley, elle a rencontré Wolfgang qui travaille au côté d'Oppenheimer et va être un acteur important des nombreux épisodes de la construction de la première bombe atomique. Cette nouvelle arme qui, curieusement, devrait mettre fin à toutes les guerres. En avril 1942, comme cent mille personnes, Fumika est enfermée dans un camp, puis transférée à Santa Fe. Trahie, dénoncée, elle sera échangée contre un prisonnier américain, repartira au Japon et retrouvera Nagasaki dévasté. De Noël 1938 dans les neiges de Stockholm à 1969 dans l'automne de Zurich, du Los Alamos d'Oppenheimer au Tokyo des jeux Olympiques, le destin croisé des fous de l'atome et de ceux que l'atome rend fous. Buchet Chastel 2007


Chronique américaine

Le point de vue de l'éditeur. Chronique américaine est un road novel, un roman de voyage, à travers les États-unis, qui nous emmène de New York, tout juste après le 11 septembre, à Chatham, le long de la Route 66 pour rendre visite à l'énigmatique violoniste hongrois; entre l'Ohio et la Pennsylvanie, sur la tombe de Chevrolet, une success story d'un émigré jurassien, coureur automobile et brillant mécanicien; pour retrouver, à l'approche d'une tornade, Falling Water, la plus connue des maisons construites par Frank Lloyd Wright; pour ne jamais retrouver le lieu mythique de Woodstock en dépit des indications de la femme aux chats congelés; pour terminer par une allusion aux ancêtres banquiers de l'auteur, qui, aux siècles précédents, empruntèrent le célèbre Helvelle, pour contribuer à la traite des Noirs.

Dix-sept chroniques, dont certaines ont paru entre novembre 2003 et novembre 2004, l'année électorale. Mais aucun des candidats à la présidence des États-unis ne vient troubler ce voyage qui se situe dans un ailleurs peuplé de rencontres insolites et de brefs moments d'amitié. Chronique américaine est la vision d'un romancier sur cette identité culturelle. Éditions Metropolis 2005

La réalité des États-unis me trouble dès que je la retrouve. Puis j'en ai l'ennui dès que je la quitte. Je déteste l'impérialisme des États-unis, mais déteste plus encore l'anti-américanisme. Je constate que l'Europe n'a pas encore réussi à donner à ceux qui l'habitent une identité culturelle... Je ne sais pas ce que pourrait être une telle identité, mais j'ai remarqué que les seules fois où je me sens européen, je me trouve justement aux États-unis


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