|
|
|
|
|
|
Lilian Vezin - Lucylle Mucy - A pied en Sèvre Niortaise |
|
|
Lilian Vezin - Lucylle Mucy - Retour aux sources. Editions Vent du large |
De cascades en sinueux méandres, nous dévalerons le long du cours, suivant les berges vers l’immense océan, simplement pour apprécier le charme et la beauté du fleuve. En suivant son fil lentement et à pied, nous irons à la rencontre de ceux qui partagent leurs existences au rythme irrégulier des flots, les habitants et les hommes qui ont su dompter l’écoulement afin de travailler la terre et profiter de la richesse que cet élément divin leur fournissait. Un retour aux sources et à l’essentiel, pour nous qui avons toujours habité près de ses berges sans jamais oser nous y reposer… |
|
Voir les autres livres de ces auteurs sur le site des éditions Vent du large |
Chapitre 1 - En amont... C’est un dimanche, une veille du mois de mai. Une superbe salamandre verte se dérobe furtivement au bruit de nos pas. Elle s’échappe dans une anfractuosité de la pierre. La protubérance cylindrique formant la queue de l’amphibien s’évanouit sous une touffe de fougère. À quelques centimètres en contrebas de son repère, un filet d’eau limpide s’échappe… C’est une source qui jaillit modestement entre les pierres et les fissures de la roche. La fontaine éclabousse de gerbes d’eau le fond d’un petit gouffre entouré d’un bouquet de verdure. Un très faible dévers permet au liquide translucide de s’écouler au travers des herbes et des plantes aquatiques. Le lit de pierre draine le ruisselet qui vient de naître sous la voûte ombragée de frênes. La source reste un instant sauvage puis pénètre rapidement un goulet de pierre, se projette dans un bassin-lavoir maçonné, ceinturé de colonnades de bois et d’une charpente recouverte de tuiles moussues. Un panneau vermoulu est accolé à l’une des poutres : Les grandes fontaines. La Sèvre Niortaise vient de naître dans un fond de vallée de la commune de Sepvret. Nous sommes au point le plus extrême de ce fleuve que nous avons décidé de suivre jusqu’à la mer. De cascades en sinueux méandres, nous dévalerons le long du cours suivant ses berges vers l’immense océan, simplement pour en apprécier le charme et la beauté, et mieux comprendre le mécanisme hydraulique. Tout comme nos lointains ancêtres, nous désirons jeter un regard nouveau sur la rivière, en tomber définitivement amoureux pour la respecter et la faire respecter aux générations à venir. En suivant son fil lentement et à pied, nous allons à la rencontre de ceux qui partagent leurs existences au rythme irrégulier des flots, les habitants et les hommes qui ont su dompter l’écoulement afin de travailler la terre et profiter de la richesse que cet élément divin leur fournissait. Un retour aux sources et à l’essentiel, pour nous qui avons toujours habité près de ses berges sans jamais oser nous y reposer… Lascivement, nous suivons à pas lents le sentier sinueux qui borde le fil de l’eau. Les filets liquides s’entrecroisent et l’écoulement devient turbulent au passage d’une petite passerelle de bois. Sous l’épaisseur des hautes herbes qui caressent nos mollets, nous sentons sous nos pieds l’humidité marécageuse remontant du sol. La terre limoneuse s’enfonce légèrement sous le poids de nos corps et amortit nos enjambées. Entre les touffes de gazon, dans une saignée du sol, le ruisselet heurte et rebondit entre les pierres et les racines des arbres. En nous penchant nous évitons des branchages de sureau noir entièrement recouverts de fils de soie. A l’intérieur des cocons s’agite une multitude de petites chenilles jaunes à point noirs et aux poils très urticants. Deux autres sources venues de la droite et une de la gauche se mêlent en un frémissement d’eau, inaudible sous les chants des oiseaux. Nous remontons le layon qui nous conduit à la troisième source et au Lavoir des Ouzines. L’eau surgit et s’écoule d’une cavité au fond noirâtre, elle émerge des profondeurs souterraines de nappes aquifères. Ces nouveaux affluents se précipitent en cascatelles vers le fond du vallon où le bras de la Sèvre devient abondant et s’étale dans une touffe de roselière. Désormais, nous prendrions quelques risques à franchir le ruisseau d’un bond. Passée l’ombre d’un cerisier, nous franchissons la chaussée d’une petite route de campagne menant au village. En direction du moulin, nous traversons à grandes foulées une peupleraie moquettée de massifs d’orties. La prairie est séparée en son milieu par le ruisseau cristallin qui s'étale sans fond sur un lit sablonneux. Un batracien prend son élan d’un petit rocher. Le chemin traverse un sous-bois touffu et nous prenons grand soin de ne pas écraser des massifs entiers de trèfles rampants. En contrebas du boqueteau la rivière s’écoule, camouflée par des herbes hautes et des fleurs diverses. La surface de l’eau reflète le soleil, elle est par endroit maculée du pollen cotonneux et blanchâtre des peupliers.
|
|
Le pâturage en dévers est recouvert d’une flore envahissante : pâquerettes géantes, gerbes d’iris sauvages jaunes, fleurs de pissenlits et fruits de cette même plante, caractéristiques et reconnaissables de par leur forme en boule de poils. Nous franchissons le fossé large de deux foulées et nous nous élevons sur l’autre versant de la vallée : un coteau arrondi où se cache un chemin ombragé par des bosquets de châtaigniers, ancien domaine du château de Circé dont ne restent que le puits et un porche. La rivière sinueuse poursuit son cours et nous la devinons grâce à l’alignement de frênes qui la bordent. Rapidement la sente envahie par la forte odeur de fleurs d’ ail des ours se perd dans le verger d’une vieille bâtisse aux volets bleus. Le jardin est agrémenté d’un saule pleureur dont les rameaux retombent sur la toiture du Lavoir du petit moulin. Des enfants s’amusent à sauter par-dessus le ruisseau qui s’engouffre dans un goulet de pierre. Aspirée par l’entonnoir, l’eau se repose dans une vasque avant de s’enfuir en se faufilant par un petit moulin d’eau. Une voie pierreuse nous conduit rapidement en hauteur, au hameau de la Ripaudière. De ce promontoire nous observons les dépressions du terrain et de la vallée que nous venons de traverser. La fin de ce labyrinthe végétal marque les limites d’un bassin en forme d’amphithéâtre : les neufs sources de la Sèvre. (...) |
|
|