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Jean Sébastien Loygue - Voyage en Asie ColisDu Gers et de la mer |
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L’oie voyage. Ainsi du Gascon. L’idée de partir a pris notre famille par surprise. Nous avons fait nos sacs sans réfléchir. Puis nous sommes montés à bord de Swahili dont nous avons hissé les voiles. Très simple, n’est-ce pas? Sauf que, le soir, surgissait, à chaque mouillage forain, un même marin aux oracles étranges… «Voyage en Asile colis» livre leur sens. Chapitre 1- Adiou Gascogne ! «Et si on parsemait la soupe avec des peluches de cerfeuil?» est une question que Piou Piou nous posera souvent pendant le voyage. Nous l’avons prise comme une marque de fidélité à la terre que nous quittions. On savait qu’on y reviendrait! Il n’est pas bien grand, notre petit mage, hérissé de cheveux blonds en bataille. Mais déjà il est gourmand. Et il parle comme un chef. Bien sûr, il se suce les doigts à la façon de son âge. Bien sûr, il a encore le petit bedon des enfants heureux. Mais en même temps on le surprend à exprimer de troublantes nuances dans son appétit. Son visage rit tout le temps comme s’il faisait beau sur toute sa peau d’ange. Et qu’il avait à croquer bientôt quelque chose d’exquis qu’il aurait préparé lui. On lie sa confiance en la vie à celle qu’il voue aux victuailles dans un regard aux piquants de châtaigne. Il sait les faire éclater dans une poêle percée de trous afin que la flamme y passe. Sans se brûler. Il a des adresses gestuelles à peine croyables. Plus tard ce serait balle en main, au rugby. A présent c’est avec le fouet ou la fourchette pour battre des œufs en neige ou «monter» des mayonnaises parfumées par des aillés qu’il hache sans se couper. Serait-il né en Provence, les aïolis auraient eu à bien se tenir. Les « rouilles » pour les soupes de poisson aussi. — Tu en penses quoi, mon chéri, de notre idée de voyage? — On y mange quoi ? Piou Piou a sans cesse, en sursis, un péché auquel il succombe. Et des ustensiles de cuisine pour l’instrumenter. De ces trucs de professionnels que rarement les hommes dominent. Sauf dans le sud ouest où les amoureux chassent leurs femmes des cheminées et des fours. A coups de torchon. Lorsqu’il leur prend une fringale. Et qu’elles accourent. — Non, ma chérie, c’est chacun son tour! Il y en a même pour s’exclamer : — Chacun mon tour! Tout court Piou Piou en fait partie. A l’âge des Légo, il a son ego dans les fourneaux plus souvent qu’aux pâtés de sable.
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«Mais alors pourquoi partir, si aucune divinité malade ne nous y condamne?» |
Reste à savoir pourquoi nous avons fui ! Nous vivions en Gascogne. Un pays qui ne vous lâche pas comme ça ! Notre Piou Piou n’aura pas, en effet, rejoint le bord avec sa Gameboy, mais avec des goûts ! Le lecteur aura donc à faire à des gourmands qui plient bagages mais n’iront pas chasser l’épouvante en mer sans biscuits. Ce même lecteur suspectera que les fonds du bateau seront pleins d’épices, de rimes riches, de souvenirs culinaires et collinaires têtus, de courses d’île en île vers de nouveaux menus. Il ne se trompera pas. * Mais reprenons les choses depuis le début. Au moment où la famille est prête à s’échapper du Gers en Gascogne et à larguer les amarres. Cela ne paraît-il pas une drôle d’idée ? Il y a tout ici, n’est-ce pas ? Que craint-elle ? Un déluge ? Les lèvres ne brillent-elles pas en Gascogne de voracité pour les tumultes dans les marmites ? Pourtant si ! Ne découvrent-elles pas leurs murènes quenottes au soulevé du couvercle ? Encore si ! Ne serait-il pas cruel aux dents à présent que rien ne vienne au bout de la fourchette ? L’œil n’y mettrait-il pas du sien ? Il n’inspecterait pas ? L’anticipation du nourrissement ne serait-il pas une permanente agitation de l’esprit ? Elle ne lui ferait pas rayonner la peau d’un jaune bienheureux de Bouddha ? Un rien de honte délicieuse ne monterait-il pas à ses joues à ce moment là ? Ne serions nous pas dans un paradis peuplé de gourmands qui ne manqueraient de rien et s’assumeraient pécheurs ? Bien sûr que si à tout cela. Dès lors, pourquoi partir ? * Le Gers n’est-il pas une patrie sans faute, puisque tant de bien se porte sans mal ? Bien sûr que oui encore ! Les divinités y seraient-elles privées d’humour ? Bien sûr que non ! Les prédicateurs flagellants ne seraient-ils pas restés occupés ailleurs à convertir ou punir ? Heureusement ! Quelqu’un dont la prunelle ne pétillerait pas comme une bulle dans une flûte à « pousse rapière », assurément il viendrait de la lune. Alors, de nouveau, pourquoi partir ? D’autant que la félicité de notre sud est si accomplie que personne n’y rêve d’Amérique lointaine, de continent à conquérir après avoir erré sur les océans. D’ailleurs, qu’ils soient amers ou amènes, on s’en fout ! Le monde connu suffit. Il sent bon l’omelette aux ceps. Elle gonfle. On y a ajouté des éclats de rire et du Lannemezan. Il y aurait quoi d’ailleurs, ailleurs, qui mériterait que l’on s’y penche ? Des brumes ? Des mystères ? Que non, apprenti, bigote, salsifis du nord ! L’ailleurs est dans l’assiette ici ! Il n’inspire à personne la convoitise de s’aventurer - qui sait où ? - pour en savoir plus. Sur quoi ? Le besoin de s’évader vient d’un manque. Mot inconnu au terroir du plein. Vous m’avez suivi ? * Raison de plus pour reposer la question : Qu’est-ce qui peut donner l’idée à quiconque de quitter Cocagne ? D’autant que le sudiste ignore qu’il est, dit-on, d’autres contrées où ne poussent pas forcément côte côte : blé d’hiver et colza, maïs et tournesol, avoine et acrylique lin. Où ne viennent pas comme qui rigole : melons, prunes d’Ante, fraises au parfum des bois, figues reines. Où ne sortent de terre, colportés par chiures de pies ou colombes : des graines de pruniers, pommiers, pêchers, poiriers. Où les ronciers ne portent pas forcément des fruits, alors qu’ici.. Des provinces où lorsqu’on dit de quelqu’un qu’il va « au canard » on ignore ce que cela signifie « chez nous » : faire l’amour dans le foin brindille en bouche ! Voilà ! Dans notre Gascogne à nous, le péché originel n’a payé de droit d’auteur à personne. Depuis belles luronnes, les arbres fruitiers sont émondés « taille basse » (c’est à dire à porté de mains des enfants, qui n’ont pas besoin d’y grimper). Et ils sont plantés sur le chemin de leur école ! Cela en bouche un coin, avouons le.. On imagine, dès lors, ce que nos garnements penseraient d’une histoire de pomme dérobée à Dieu. La fable du serpent tentateur leur serait aussi inintelligible que la condamnation de Jean Val Jean pour le vol de deux pains. Ils ne comprendraient rien à ces histoires. Ce qui se mange, ici, s’offre et s’avale. Il ne justifie ni malédiction ni cavale.. Oui, nous vivons dans une région dont, du haut des donjons les « sœur Anne » voient très bien venir leurs assaillants. Elles abaissent aussitôt leurs ponts-levis... Au total, le Gers est une enclave du roboratif où le plaisir a fait nid en tressant la malice à l’abondance. Pantagruel n’est pas loin. Raison de plus à nouveau pour re-re-re-reposer la question : «Mais alors pourquoi partir, si aucune divinité malade ne nous y condamne?» ... /... La suite sur le site de l'auteur http://www.loygue.com/ |
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