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les récits de voyages > dans la littérature latine


Les récits de voyages sont faits pour être lus. Voici des textes, des extraits de récits de voyages, d'auteurs connus ou non, publiés ou du domaine public, et aussi des dossiers thématiques, des chroniques, des citations. Bonnes lectures.

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Le récit de voyage à l'époque romaine

De nature casanière, le romain n'a voyagé la plupart du temps que par obligation, notamment quand il était légionnaire... Il est pourtant allé loin. Des régions de plus en plus éloignées ont été découvertes au fil des conquêtes des soldats de l'Empire. Les récits de voyages de cette époque sont rares, mais il était inévitable que quelques écrivains laissent des traces de ces voyages et donc de leurs récits.

La religion, souvent à l'origine de voyages de pèlerinage, n'a donné aux romains que quelques tribulations. Et s'il y eut bien quelques voyages d'exploration (Néron envoie une expédition aux sources du Nil) et des ambassades ou des missions diplomatiques, il faut attendre Hadrien II siècle apr. JC) pour voir le premier empereur voyageur.

Quant aux Gaulois, ce peuple envahi en 52 av. JC, s'ils doivent traverser les nécropoles qui longent les routes avant d'entrer dans les villes, soldats, fonctionnaires ou colporteurs circulent facilement grâce à un bon réseau routier (les via, les fameuses voies romaines) et fluvial. On voyage en char tiré par des boeufs, ou, mieux, à cheval.

Cette époque n'a pas un auteur équivalent à Hérodote. Mais de nombreux auteurs latins ont laissé des textes comportant des descriptions de paysages et surtout de gens ou de moeurs. Ah! l'autre est toujours surprenant. Citons La Germanie, de Tacite; Histoire naturelle, de Pline; les Lettres, de Sénèque.

>>> Les extraits ci-dessus provienne de ce site: Le voyage dans l'ANtiquité.


Récits de voyages de la littérature latine

Suétone

Il avait également la superstition de certaines dates: jamais il ne partait en voyage le lendemain des jours de marché et n'entreprenait aucune affaire sérieuse le jour des nones ; en ce qui concerne les nones, il voulait seulement, comme il l'écrit à Tibère, éviter «le mauvais présage» de ce mot. Suétone, Vies des douze Césars, Auguste, XCII.


César

Les Gaulois...

Partout en Gaule, il y a deux classes d'hommes qui comptent et sont considérés. Quant aux gens du peuple, ils ne sont guère traités autrement que des esclaves, ne pouvant se permettre aucune initiative, n'étant consultés sur rien. La plupart, quand ils se voient accablés de dettes, ou écrasés par l'impôt, ou en butte aux vexations de plus puissants qu'eux, se donnent à des nobles; ceux-ci ont sur eux tous les droits qu'ont les maîtres sur leurs esclaves. Pour en revenir aux deux classes dont nous parlions, l'une est celle des druides, l'autre celle des chevaliers. Les premiers s'occupent des choses de la religion, ils président aux sacrifices publics et privés, règlent les pratiques religieuses; les jeunes gens viennent en foule s'instruire auprès d'eux et on les honore grandement. Ce sont les druides, en effet, qui tranchent presque tous les conflits entre États et entre particuliers. (...) Tous ces druides obéissent à un chef unique, qui jouit parmi eux d'une très grande autorité. À sa mort, si l'un d'eux se distingue par un mérite hors ligne, il lui succède ; si plusieurs ont des titres égaux, le suffrage des druides, quelquefois même les armes en décident. César, de Bello gallico, VI, 13


Tacite

Un voyage archéologique: Germanicus remonte le Nil

Il visita les vestiges grandioses de l'ancienne Thèbes. Sur les constructions colossales subsistaient encore des caractères égyptiens, qui retraçaient son antique opulence: invité à traduire la langue de ses pères, un des vieux prêtres expliquait que la ville avait eu jadis sept cent mille hommes en âge de faire la guerre et qu'avec cette armée Rhamsès avait conquis la Lybie et l'Éthiopie, les Mèdes et les Perses, la Bactriane et la Scythie. [...] Cependant Germanicus appliqua aussi son attention à d'autres merveilles, notamment la statue de pierre de Memnon qui, frappée par les rayons du soleil, rend le son de la voix et, au milieu des sables mouvants et presque impraticables, telles des montagnes, les pyramides, dressées par l'émulation et l'opulence des rois, et les lacs creusés dans le sol pour recevoir les eaux surabondantes du Nil, et ailleurs les défilés du fleuve et la profondeur de ses abîmes, dont nul ne peut sonder les dimensions. De là il se rendit à Éléphantine et à Syène, anciennes barrières de l'empire romain, qui s'étend aujourd'hui jusqu'à la mer Rouge. Tacite, Annales, II, 60-61

Une tempête en mer Baltique.

Tout d'abord, la mer tranquille retentissait sous les rames de mille vaisseaux ou cédait à l'impulsion des voiles. Puis, d'un sombre amas de nuages jaillit la grêle, et en même temps, soulevés en tous sens par des tourbillons variés, les vagues dérobent la vue, empêchant la conduite; et la troupe effrayée, ignorant les hasards de la mer, en troublant les matelots ou en les aidant à contretemps, gênait les manoeuvres des gens experts. Alors tout le ciel et la mer entière tombèrent au pouvoir de l'auster, dont la violence, accrue par les vallonnements de la terre germanique, par la profondeur des fleuves, par l'immense traînée des nuages, et avivée par le voisinage des frimas nordiques, emporta et dispersa les navires vers le large ou vers les îles que des rochers abrupts ou des bas-fonds cachés rendaient hostiles. Ces périls évités quelque peu et à grand-peine, quand le flux eut changé et porté du même côté que le vent, on ne pouvait plus rester fixé aux ancres ni épuiser l'eau qui pénétrait; chevaux, bêtes de somme, bagages, armes même, tout est jeté à la mer pour alléger les coques qui faisaient eau par les flancs et sous le poids des vagues. Tacite, Annales, II, 23

La Germanie et ses habitants

Le pays, en dépit d'une certaine diversité, est cependant, en général, hérissé de forêts ou enlaidi par des marécages, plus humide du côté qui regarde les Gaules, plus venteux de celui du Norique et de la Pannonie (= l'Autriche et la Hongrie); fertile en grains, rebelle aux arbres fruitiers, fécond en troupeaux mais le plus souvent de petite taille; les boeufs aussi n'y ont pas leur noblesse, ni l'orgueil de leur front. C'est le nombre qui leur plaît, telle est leur seule richesse et elle les comble. L'argent et l'or, faveur ou disgrâce je ne sais, leur ont été déniés par les dieux. Pourtant je n'oserais affirmer qu'aucune veine de Germanie ne produit d'argent ou d'or. Car, qui a fait des fouilles? La possession et l'usage de ces métaux. ne les occupe pas comme nous. On peut voir chez eux des vases d'argent, donnés en cadeaux à leurs ambassadeurs et à leurs chefs dont ils ne font pas plus grand cas que de ceux qu'on façonne en terre. Tacite, la Germanie, V

Les coutumes des Germains

Presque seuls entre les barbares, les Germains se contentent chacun d'une épouse, excepté quelques personnages qui, toute sensualité à part, sont, à cause de leur noblesse, sollicités à plusieurs unions. La dot n'est pas apportée au mari par l'épouse mais par le mari à l'épouse. Le père et la mère ainsi que leurs proches assistent à la cérémonie et apprécient les cadeaux, cadeaux non pas choisis pour l'agrément d'une femme ni destinés à parer la nouvelle mariée, mais des boeufs, un cheval bridé, un bouclier avec une framée (= sorte de lance) et un glaive. Contre ces cadeaux on reçoit l'épouse et, en retour, elle-même apporte à son mari quelque pièce d'armes: tel est le lien suprême, tels sont les rites mystiques, tels sont pour eux les dieux du mariage. Pour que la femme n'aille pas penser que les nobles projets, que les hasards de la guerre sont pour d'autres, les auspices même de son mariage qui commence l'avertissent qu'elle vient partager les travaux et les périls, avec même destin pendant la paix, même destin au combat, à soutenir et à affronter: c'est ce qu'annoncent les boeufs attelés, le cheval équipé, les armes données. Ainsi devra-t-elle vivre, et ainsi enfanter: ce qu'elle reçoit, elle le rendra, intact et pur, à ses enfants, ses brus le recevront et cela passera plus tard à ses petits-fils.

Un seul genre de spectacle, et le même dans toutes leurs réunions: des jeunes gens, nus, qui s'en font un jeu, se jettent d'un saut au milieu des glaives et des framées menaçants. L'exercice a fait naître l'art, l'art la beauté, mais sans idée de profit ou de récompense. De cet ébat, si téméraire cependant, le prix est le plaisir des spectateurs.

Les dés, chose étonnante, sont pour eux une affaire sérieuse où ils s'appliquent à jeun, à ce point égarés par le jeu ou la perte que, quand ils n'ont plus rien, ils mettent en jeu, pour un dernier et suprême coup, leur liberté et leur personne. Le vaincu accepte une servitude volontaire: plus jeune peut-être ou plus robuste, il se laisse lier et vendre. Telle est dans leur folie leur obstination: ils appellent cela garder sa foi. De ces sortes d'esclaves ils se défont, par le commerce, pour se libérer, eux aussi, de la honte de la victoire. Tacite, la Germanie, XVIII et XXIV.


 

Horace

Une étape sur la route de Brindes

Déjà la nuit s'apprêtait à étendre ses ombres sur la terre et à semer le ciel de constellations. Et alors, les clameurs de voler des esclaves aux mariniers, des mariniers aux esclaves : «Aborde ici», «Tu en fourres trois cents!», «Holà ! il y en a assez.» Pendant qu'on fait payer, qu'on attelle la mule, une heure entière passe. Les moustiques maudits, les grenouilles des marais écartent de nous le sommeil. Après que, gorgés de piquette, marinier et voyageur ont, à l'envi, chanté leur bonne amie absente, à la fin, fatigué, le voyageur commence à dormir, et le marinier paresseux détache et laisse paître sa mule, fixe le câble à une pierre et ronfle, couché sur le dos. Et déjà le jour arrivait quand nous sentons que la barque n'avance pas d'une ligne. L'un de nous alors, cervelle chaude, saute à terre et travaille, avec un bâton pris à un saule, la tête et les reins de la mule et du marinier. À la quatrième heure (= vers 9h et demie), au plus tôt, on nous débarque enfin. Nous nous lavons le visage et les mains dans ton onde, ô Feronia (= divinité de la source du même nom) ! Puis, ayant déjeuné, nous nous traînons l'espace de trois milles et nous arrivons au pied d'Anxur (autre nom de Terracine), posée sur ses roches blanches qui brillent au loin. Horace, Satires, I, V, v.9-26)


Cicéron

Une traverse difficile!

C'est une affaire que de naviguer, même en juillet! Je suis venu d'Athènes à Délos en six jours. Le 6, départ du Pirée pour Zoster par vent gênant, qui nous a retenu là le 7. Le 8 nous avons gagné Céos dans des conditions agréables. De là à Gyaros par grand vent, mais non contraire; puis à Syros, puis à Délos, terme du voyage, chaque fois plus vite que nous ne l'aurions voulu. Et puis tu connais les aphracta rhodiens (vaisseaux non pontés): il n'y a rien qui tienne plus mal la mer. Aussi ai-je l'intention de ne rien précipiter, et de ne pas bouger de Délos tant que je n'aurai pas vu le promontoire de Gyrae (situé non loin de Délos, à Ténos) entièrement clair. Cicéron, ad Atticum, V,1


Pline

Un pays lointain: l'Inde

Les animaux les plus grands naissent dans l'Inde. La preuve, c'est que les chiens y sont de plus grande taille qu'ailleurs. Quant aux arbres, ils sont si hauts, dit-on, qu'il est impossible de lancer des flèches par-dessus leur cime la fécondité du sol, le climat du ciel, l'abondance des eaux y font (le croira qui voudra) qu'un seul figuier peut abriter des escadrons de cavalerie les roseaux y sont si hauts que chaque entre-noeud fournit un esquif capable de porter jusqu'à trois hommes. [...] Il existe, sur la montagne appelée Nulus, des hommes qui ont les pieds tournés à rebours et huit doigts à chaque pied; et sur plusieurs montagnes, il existe une race d'hommes à tête de chien, vêtus de peaux de bête, qui aboie au lieu de parler et qui, armée de griffes, chasse le gibier et les oiseaux pour sa subsistance... Pline, Histoire naturelle, VII, 21 et 23


Pline le Jeune

Regardons chez nous d'abord

Des curiosités qui nous font mettre en route, passer la mer, nous laissent indifférents si elles se trouvent à la portée de nos yeux; soit que la nature ait voulu que, peu soucieux de ce qui est proche de nous, nous recherchions ce qui est éloigné, soit que les désirs de toute espèce se calment quand leur objet est à portée, soit que nous soyons peu pressés, nous disant que nous verrons souvent ce qu'il est donné de voir chaque fois qu'on se résout à une décision. Qu'elle qu'en soit la raison, il y a bien des curiosités, dans notre ville et auprès, que nous ne connaissons ni par nos yeux ni par nos oreilles. Or, si elles se fussent présentées en Grèce, en Égypte, en Asie ou dans tout autre pays fertile en merveilles et soucieux de réclame, récits, lectures détaillées, visites des lieux auraient fait de nous des gens informés. Pline le Jeune, VIII, 20


Sénèque

Mal de mer...

À quoi ne me ferait pas consentir, puisque j'ai consenti à partir en mer? Quand j'embarquai, c'était le grand calme. Le ciel, pour tout dire, était chargé de ces nuages malpropres qui finissent toujours par de l'eau ou du vent. Je comptais cependant pouvoir enlever les quelques milles qui séparent ta chère Parthénope (= Naples) de Pouzzoles en dépit du temps douteux et du ciel bas. Afin donc d'échapper plus vite, je cinglai au large droit sur Nésis, de façon à couper court à toutes les sinuosités (du rivage). Comme j'étais déjà si avancé que c'était la même chose pour moi d'avancer ou de m'en retourner, je ne vis plus d'abord cette surface calme qui m'avait séduit. Ce n'était pas encore la tempête, mais c'était la houle. La lame était de plus en plus courte. Je me mis à demander au pilote de me déposer à n'importe quel endroit de la côte. Il répliquait que c'étaient des parages escarpés, et sans une rade; qu'au reste, dans la tempête, il ne craignait rien tant que la terre ferme. Cependant trop mal en point pour prendre conscience du péril, tourmenté d'une de ces nausées paresseuses et sans effet, qui remuent la bile et ne l'expulsent pas, je pressai le pilote et l'obligeai, bon gré mal gré, à regagner le rivage. Une fois que nous fûmes à proximité, je n'attendis pas que s'exécutât aucune des manoeuvres décrites par Virgile : «On tourne les proues vers la mer» ; «L'ancre glisse le long de la proue». Je me rappelle mon savoir-faire de nageur et, vieux partisan de l'eau froide, je me jette à la mer, en tenue d'amateur de bain glacé, avec un peignoir de laine. Conçois-tu bien le mal que j'ai eu à ramper de récif en récif, à chercher une voie, à m'en faire une? J'ai compris que les marins n'ont pas tort de tant redouter la terre. On se saurait croire quelles fatigues j'ai eu à soutenir alors que je ne pouvais me soutenir moi-même! Il faut que tu le saches: Ulysse n'était pas né maudit de Neptune au point de faire en tous lieux naufrage, il était sujet au mal de mer! Tout comme lui, sur quelque point que je doive mettre le cap, je n'arriverai qu'au bout de vingt ans. Sénèque, Lettres, VI, 53

Un tunnel vers Naples

Sur le point de quitter Baïes et de regagner Naples, je me laissai facilement convaincre que le mauvais temps menaçait, pour ne pas m'embarquer sur-le-champ; or, d'un bout à l'autre de l'itinéraire, on trouva une telle masse de boue que je pourrais croire aussi bien avoir fait une traversée. Ce jour-là j'ai dû subir sans broncher tout le destin des athlètes: après l'onction d'huile, la poussière nous a accueillis dans le tunnel de Naples. Rien de plus long que cette prison, rien de plus obscur que ces torchères dont l'effet est, non pas de nous faire voir dans les ténèbres, mais de les faire voir elles seules. Au reste, le lieu eût-il la lumière que la poussière la déroberait, phénomène accablant et pénible même en plein air. Qu'en dire là-bas, où elle fait des tourbillons sur elle-même, où, faute de circulation d'air, elle est enfermée et retombe sur ceux qui l'ont remuée? Nous avons dû endurer bravement deux ennuis incompatibles, mais pour l'heure réunis, sur la même route et le même jour, l'épreuve de la boue et de la poussière. Sénèque, Lettres, VI, 57

Voyage en cortège

Aujourd'hui, l'on ne voyage qu'avec toute une cavalerie d'éclaireurs numides, toute une avant-garde de coureurs. Ce serait scandale de n'avoir point de gens pour jeter hors de la route les piétons que l'on croise, pour signaler par des flots de poussière, l'arrivée d'un homme considérable. Aujourd'hui chacun a ses mulets transportant vases de cristal, vases murrhins, chefs d'oeuvre des artistes de la ciselure. Ce serait scandale de laisser croire que l'on n'a pas dans tout son bagage une seule pièce qui ait à redouter les cahots. On ne met ses pages en voiture qu'après leur avoir enduit le visage d'un onguent qui empêchera le soleil ou le froid d'offenser leur peau délicate. Vous trouvez honteux de n'avoir dans vos cortèges de jeunes esclaves que des visages assez sains pour pouvoir se passer de produit. Sénèque, Lettres, XX, 123

Les avantages du voyage

Le voyage donnera la connaissance des peuples, te révèlera de nouvelles formes de montagnes, des espaces de plaines non visités et des vallées arrosées d'eaux permanentes, la nature d'un fleuve soumis à l'observation : ainsi le gonflement du Nil lors de sa crue estivale, ou la disparition du Tigre qu'on perd de vue, qui chemine dans un cours secret pour recouvrer intégralement sa grandeur, ou le spectacle du Méandre [...] qui déroule ses entrelacs en gorges fréquentes et, approchant souvent son lit d'un de ses bras, décrit une courbe avant de se jeter dans son propre cours .. Sénèque, Lettres à Lucilius, XIX,104.

Faut-il voyager?

Tu crois qu'il n'est arrivé qu'à toi et tu t'étonnes comme d'une chose étrange, d'avoir fait un si long voyage et tant varié les itinéraires sans dissiper la lourde tristesse de ton coeur? C'est d'âme qu'il faut changer, non de climat. Tu as eu beau franchir la vaste mer ; «rivages et cités ont beau», selon l'expression de notre Virgile, «reculer sous ton regard», tu seras, où que tu abordes, suivi de tes vices. À quelqu'un qui formulait la même plainte Socrate répliqua: «Pourquoi es-tu surpris de ne profiter en rien de tes longues courses ? C'est toi que tu emportes partout. Elle pèse sur toi, cette même cause qui t'a chassé au loin.» Quel réconfort attendre de la nouveauté des sites, de la connaissance des villes ou des endroits? Cela ne mène à rien de ballotter ainsi. Tu demandes pourquoi tu ne sens pas dans ta fuite un soulagement? Tu fuis avec toi. Il te faut déposer ce qui fait poids sur ton âme : aucun lieu jusque là ne te donnera du plaisir. [...] Tu cours çà et là pour rejeter le poids posé sur toi et rendu, par le ballottement même, plus incommode: pareillement, sur le navire, la cargaison, en équilibre stable, exerce une moindre pression; roulant pêle-mêle dans la cale, elle noie plus vite le flanc où elle porte. Tout ce que tu fais, c'est contre toi que tu le fais; et le mouvement même t'est contraire; tu remues un malade. Sénèque, Lettres à Lucilius, III, 28,1-3


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