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Stendhal - Mémoires d'un touriste |
Ce titre de «Voyage en Bretagne et en Normandie» n'est pas de Stendhal. Nous le proposons par commodité pour désigner un long fragment des Mémoires d'un touriste, que Stendhal écrivit en 1837, à l'âge de 54 ans, pour satisfaire à une commande d'éditeur. Il est alors l'auteur de Le Rouge et le Noir (1830), et à la veille de se lancer dans La Chartreuse de Parme (novembre- décembre 1838). Consul à Civita-Vecchia depuis 1830, il a obtenu de son administration un congé de longue durée en 1836. Vers la fin de mai 1837, il se met en route en compagnie de Mérimée, qui lui-même a déjà parcouru plusieurs régions, contribué à lancer la mode des voyages, et entreprend, en tant qu'Inspecteur général des Monuments historiques, une inspection en Auvergne. Rapidement, leurs chemins divergent. Parti avec un carnet de notes, Stendhal se rend à Nantes et y séjourne du 2 au 8 juin, gagne Vannes le 9, est de retour à Paris vers le début de juillet. Les dates du récit sont donc décalées par rapport au vécu. Du reste, Stendhal présente son livre sous le couvert d'une fiction, comme le voyage d'un marchand de fer, qui a effectué une partie de sa carrière aux colonies et veut finalement connaître la France. La rédaction du livre s'est poursuivie durant l'hiver 1837-38. Le 8 mars 1838, lorsque l'écrivain part pour un nouveau voyage dans le Midi de la France, il a déjà dans ses valises un volume imprimé et corrigé. |
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Voyage en Bretagne et en Normandie Nantes, le 25 juin 1837. Rien de plus désagréable en France que le moment où le bateau à vapeur arrive: chacun veut saisir sa malle ou ses paquets, et renverse sans miséricorde la montagne d'effets de tous genres élevée sur le pont. Tout le monde a de l'humeur, et tout le monde est grossier. Ma pauvreté m'a sauvé de cet embarras: j'ai pris mon sac de nuit sous le bras, et j'ai été un des premiers à passer la planche qui m'a mis sur le pavé de Nantes. Je n'avais pas fait vingt pas à la suite de l'homme qui portait ma valise, que j'ai reconnu une grande ville. Nous côtoyions une belle grille qui sert de clôture au jardin situé sur le quai, devant la Bourse. Nous avons monté la rue qui conduit à la salle de spectacle. Les boutiques, quoique fermées pour la plupart, à neuf heures qu'il était alors, ont la plus belle apparence; quelques boutiques de bijouterie éclairées rappellent les beaux magasins de la rue Vivienne. Quelle différence, grand Dieu! avec les sales chandelles qui éclairent les sales boutiques de Tours, de Bourges, et de la plupart des villes de l'intérieur! Ce retour dans le monde civilisé me rend toute ma philosophie, un peu altérée, je l'avoue, par le froid au mois de juin, et par le bain forcé de deux heures auquel j'ai été soumis ce matin. D'ailleurs le plaisir des yeux ne m'a point distrait des maux du corps. Je m'attendais à quelque chose de comparable, sinon aux bords du Rhin à Coblentz, du moins à ces collines boisées des environs de Villequier ou de la Meilleraye sur la Seine. Je n'ai trouvé que des îles verdoyantes et de vastes prairies entourées de saules. La réputation qu'on a faite à la Loire montre bien le manque de goût pour les beautés de la nature, qui caractérise le Français de l'ancien régime, l'homme d'esprit comme Voltaire ou La Bruyère. Ce n'est guère que dans l'émigration, à Hartwell ou à Dresde, qu'on a ouvert les yeux aux beautés de ce genre. J'ai ouï M. Le duc de M... parler fort bien de la manière d'arranger Compiègne. Je suis logé dans un hôtel magnifique, et j'ai une belle chambre qui donne sur la place Graslin, où se trouve aussi la salle de spectacle. Cinq ou six rues arrivent à cette jolie petite place, qui serait remarquable même à Paris. Je cours au spectacle, j'arrive au moment où Bouffé finissait le Pauvre Jacques. En voyant Bouffé, j'ai cru être de retour à Paris; Bouffé, de bien loin, à mes yeux, le premier acteur de notre théâtre. Il est l'homme de ses rôles, et ses rôles ne sont pas lui. Vernet a sans doute du naturel et de la vérité, mais c'est toujours le même nigaud naïf qui nous intéresse à lui par son caractère ouvert et par sa franchise. A mesure que ces qualités deviennent plus impossibles dans le monde, on aime davantage à les retrouver au théâtre. Le Pauvre Jacques est une bien pauvre pièce; mais ce soir, dans le dialogue du père avec la fille, je trouvais le motif d'un duo que Pergolèse aurait pu écrire; il écraserait tous les compositeurs actuels, même Rossini. Il faudrait quelque chose de plus profond que le quartetto de Bianca e Faliero (c'est le chef-d'oeuvre d'un homme d'esprit faisant de la sensibilité). Les acteurs des Français, quand ils marchent sur les planches, me font l'effet de gens de fort bonne compagnie et de manières très distinguées, mais que le hasard a entièrement privés d'esprit. Chez eux, l'on se sent envahi peu à peu par un secret ennui que l'on ne sait d'abord à quoi attribuer. En y réfléchissant, on s'aperçoit que mademoiselle Mars, leur modèle à tous, ne saurait exprimer aucun mouvement un peu vif de l'âme, il ne lui est possible que de vous donner la vision d'une femme de très bonne compagnie. Par moments, elle veut bien faire les gestes d'une folle, mais en ayant soin de vous avertir, par un petit regard fin, qu'elle ne veut point perdre à vos yeux toute sa supériorité personnelle sur le rôle qu'elle joue. Quelle dose de vérité faut-il admettre dans les beaux-arts? Grande question. La cour de Louis XV nous avait portés à échanger la vérité contre l'élégance, ou plutôt contre la distinction: nous sommes arrivés à l'abbé Delille, le tiers des mots de la langue ne pouvaient plus être prononcés au théâtre; de là nous avons sauté à Walter Scott et à Béranger. Si Amalia Bettini et Domeniconi, ces grands acteurs de l'Italie, pouvaient jouer en français, Paris serait bien étonné. Je pense que, pour se venger, il les sifflerait. Puis quelqu'un découvrirait que l'on reconnaît à chaque pas dans les salons les caractères qu'ils ont représentés au théâtre. J'étais tellement captivé par la façon dont Bouffé faisait valoir cette méchante pièce du Pauvre Jacques, que j'ai oublié de regarder l'apparence de la société bretonne. La salle était comble. Ce n'est qu'en sortant que je me suis rappelé la physionomie de mademoiselle de Saint-Yves de l'Ingénu: une jeune Bretonne aux yeux noirs et à l'air, non pas résolu, mais courageux, qui sortait d'une loge de rez-de-chaussée et a donné le bras à son père, a représenté à mes yeux les héroïnes de la Vendée. Je déteste l'action de se réunir à l'étranger pour faire triompher son parti; mais cette erreur est pardonnable chez des paysans, et quand elle dure peu. J'admire de toute mon âme plusieurs traits de dévouement et de courage qui illustrèrent la Vendée. J'admire ces pauvres paysans versant leur sang pour qu'il y eût à Paris des abbés commendataires, jouissant du revenu de trois ou quatre grosses abbayes situées dans leur province, tandis qu'eux mangeaient des galettes de sarrasin. On pense bien que je n'ai pas écrit hier soir toutes ces pages de mon journal, j'étais mort de fatigue en revenant du spectacle et du café à minuit et demi. Ce matin, dès six heures, j'ai été réveillé par tous les habits de la maison que les domestiques battaient devant ma porte à grands coups de baguette, et en sifflant à tue-tête. Je m'étais cependant logé au second, dans l'espoir d'éviter le tapage. Mais les provinciaux sont toujours les mêmes; c'est en vain qu'on espère leur échapper. Ma chambre a des meubles magnifiques, je la paye trois francs par jour; mais, dès six heures du matin, on m'éveille de la façon la plus barbare. Comme en sortant je disais au premier valet de chambre, d'un air fort doux, que peut-être l'on pourrait avoir une pièce au rez-de-chaussée pour battre les habits, il m'a fait des yeux atroces et n'a pas répondu, et, en vrai Français, il m'en voudra toute sa vie de ce qu'il n'a rien trouvé à me dire. Heureusement notre correspondant de cette ville est un ancien Vendéen; c'est encore un soldat, et ce n'est point un marchand. Il a vu le brave Cathelineau, pour lequel j'avoue que j'ai un faible; il m'a dit que le portrait lithographié que je venais d'acheter ne lui ressemble en aucune façon. C'est avec beaucoup de plaisir que j'ai accepté son invitation à dîner pour ce soir. Plein de ces idées de guerre civile, à peine mes affaires expédiées, je suis allé voir la cachette de madame la duchesse de Berry: c'est dans une maison près de la citadelle. Il est étonnant qu'on n'ait pas trouvé plus tôt l'héroïque princesse; il suffisait de mesurer la maison par-dehors et par-dedans, comme les soldats français le faisaient à Moscou pour trouver les cachettes. Sur plusieurs parties de la forteresse, j'ai remarqué des croix de Lorraine. Je suis monté à la promenade qui est tout près, et qui domine la citadelle et le cours de la Loire. Le coup d'oeil est assez bien. Assis sur un banc voisin du grand escalier qui descend vers la Loire, je me rappelais les incidents de la longue prison que subit en ce lieu le fameux cardinal de Retz, l'homme de France qui, à tout prendre, a eu le plus d'esprit. On ne sent pas comme chez Voltaire des idées courtes, et il ose dire les choses difficiles à exprimer.(...) J'ai passé deux heures sur cette colline. Il y a là plusieurs rangs d'arbres et des statues au-dessous de la critique. Dans le bas, vers la Loire, j'ai remarqué deux ou trois maisons qu'une ville aussi riche et aussi belle que Nantes n'aurait pas dû laisser bâtir. Mais les échevins qui administrent nos villes ne sont pas forts pour le beau, voyez ce qu'ils laissent faire sur le boulevard à Paris! En Allemagne, les plus petites villes présentent des aspects charmants; elles sont ornées de façon à faire envie au meilleur architecte, et cela sans murs, sans constructions, sans dépenses extraordinaires, uniquement avec du soleil et des arbres: c'est que les Allemands ont de l'âme. Leur peinture par M. Cornélius n'est pas bonne, mais ils la sentent avec enthousiasme; pour nous, nous tâchons de comprendre la nôtre à grand renfort d'esprit. Les arbres de 1a promenade de Nantes sont chétifs; on voit que la terre ne vaut rien. Je vais écrire une idée qui ferait une belle horreur aux échevins de Nantes, si jamais elle passait sous leurs yeux. Ouvrir de grandes tranchées de dix pieds de profondeur dans les contre-allées de leur promenade, et les remplir avec d'excellent terreau noir que l'on irait chercher sur les bords de la Loire. Le long de cette promenade, au levant, règne une file de maisons qui pourraient bien être tout à fait à la mode pour l'aristocratie du pays: elles réunissent les deux grandes conditions, elles sont nobles et tristes. Elles ont d'ailleurs le meilleur air dans le sens physique du mot. J'ai suivi l'allée d'arbres jusqu'à l'extrémité opposée à la Loire, je suis arrivé à une petite rivière large comme la main, sur laquelle il y avait un bateau à vapeur en fonctions. On m'a dit que cette rivière s'appelait l'Erdre: j'en suis ravi; voilà une rime pour le mot perdre, que l'on nous disait au collège n'en point avoir.
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En suivant jusqu'à la Loire les bords de cette rivière au nom dur, j'ai vu sur la gauche un grand bâtiment gallo grec, d'une architecture nigaude comme l'école de médecine à Paris: c'est la préfecture. Sur l'Erdre, j'ai trouvé des écluses et des ponts. On remplace à force les mauvaises maisons en bois du seizième siècle par de fort beaux édifices en pierre et à trois étages. Il y a ici un autre ruisseau: la Sèvre Nantaise. Arrivé sur le quai de la Loire, d'ailleurs fort large et fort animé, j'ai trouvé pour tout ornement une seule file de vieux ormes de soixante pieds de haut plantés au bord de la rivière, vis-à-vis des maisons. Cela est du plus grand effet. La forme singulière de chaque arbre intéresse l'imagination, et plusieurs des maisons ont quelque style et surtout une bonne couleur. J'ai vu arriver un joli bateau à vapeur; il vient de Saint-Nazaire, c'est-à-dire de la mer, à huit lieues d'ici. Je compte bien en profiter un de ces jours. Ce beau quai, si bien orné et à si peu de frais, est parcouru en tous sens par des gens affairés; c'est toute l'activité d'une grande ville de commerce. Il y a deux omnibus: l'un blanc et l'autre jaune; les conducteurs sont de jeunes paysannes de dix-huit ans; le prix est de trois sous. Je suis monté dans l'omnibus, et ne me suis arrêté que là où il s'arrêtait lui-même. Le caractère de la jeune fille conducteur est mis à l'épreuve à chaque instant par des plaisanteries ou des affaires. C'est plaisant. On arrête tout près d'une suite de chantiers. J'ai suivi des gamins qui couraient: on était sur le point de lancer dans le fleuve un navire de soixante tonneaux; l'opération a réussi. J'ai eu du regret de ne pas avoir demandé à monter dans le bâtiment, j'aurais accroché une sensation; peut-être un peu de peur au moment où le navire plonge le bec dans l'eau. Je l'ai vu glisser majestueusement sur ses pièces de bois, et ensuite entrer dans les flots pour le reste de ses jours. J'étais environné de jeunes mères de famille, dont chacune avait quatre ou cinq marmots qui tous semblaient du même âge; j'ai cherché à lier conversation avec un vieux douanier, mon camarade, spectateur comme moi, mais il n'avait pas d'idées. Le bonheur de Nantes, c'est qu'elle est située en partie sur un coteau qui, prenant naissance au bord de la Loire, sur la rive droite et au nord, s'en éloigne de plus en plus en formant avec le fleuve un angle de trente degrés peut-être. Les chantiers où je suis occupent la première petite plaine qui se trouve entre la Loire et le coteau. Mais cette Loire n'est point large comme le Rhône à Lyon; Nantes est placée sur un bras fort étroit; ce fleuve, là comme ailleurs, est toujours gâté par des îles. Vis-à-vis des chantiers, ce bras de la Loire est rejoint par un autre beaucoup plus large. J'ai pris une barque pour le remonter, mais j'avais du malheur aujourd'hui. Pour toute conversation, mon vieux matelot m'a demandé dix sous pour boire une bouteille de vin, ce qui ne lui était pas arrivé, dit-il, depuis quinze jours. C'est sans doute un mensonge, le litre de vin coûtant cinq centimes à Marseille, doit revenir à quinze centimes tout au plus sur les côtes de Bretagne; mais peut-être l'impôt est-il excessif. Nos lois de douane sont si absurdes! J'ai trouvé le second bras de la Loire obstrué par des piquets qui sortent de l'eau, et forment comme de grands V majuscules, la pointe tournée vers la mer, ce sont des filets pour prendre des aloses. En remontant ce second bras de la Loire, je suis arrivé à un pont; je me suis hâté de quitter mon bateau, et de monter sur ce pont qui est fort laid et peut être élevé de quarante pieds au-dessus de l'eau. Un omnibus trottait, s'éloignant de Nantes; j'y suis entré, et bientôt nous avons passé sur une troisième branche du fleuve. De ma vie je n'ai été si cruellement cahoté: la rue qui unit les trois ponts sur la Loire est horriblement pavée. J'en conclus que Nantes n'a pas un maire comme celui de Bourges. Je me suis hâté de venir m'habiller; il fallait aller dîner chez M. R... Comme Bouffé ne jouait pas, je suis resté dans le salon jusqu'à neuf heures et demie, et je crois que, quand même mon ami Bouffé eût joué, j'aurais tenu bon chez mon hôte jusqu'à ce qu'on m'eût chassé. J'étais affamé de parler; voici bien huit jours que je vis en dehors de la société, comme un misanthrope, ne lui demandant que les avantages matériels qu'elle procure: les spectacles, les bateaux à vapeur et la vue de son activité. C'est ainsi que j'ai quelque idée de vivre à Paris, s'il m'arrive de vieillir en Europe. La comédie de tous les moments que représentent les Français actuels me donne mal à la tête. Au reste, quand même je n'eusse pas eu cette rage de parler, j'aurais été charmé des cinq ou six braves Bretons avec lesquels mon correspondant m'a fait faire connaissance. Sa femme et sa jeune fille de quatorze ans, encore enfant, ont fait ma conquête tout d'abord: ce sont des êtres naturels; la fille, peu jolie, mais charmante, est un peu volontaire, comme un enfant gâté. A dîner, elle voulait avoir toutes les écrevisses du pâté chaud obligé, sous prétexte qu'on les lui donne quand la famille est seule. Madame R... serait encore fort bien de mise si elle le voulait; mais elle commence à voir les choses du côté philosophique, c'est-à-dire triste, comme il convient à une femme de trente-six ans, fort honnête sans doute, mais qui n'est plus amoureuse de son mari. Quant à moi, dans mes idées perverses, je lui conseillerais fort de prendre un petit amant, cela ne ferait de mal à personne, et retarderait de dix ans peut-être l'arrivée de la méchanceté et le départ des idées gaies de la jeunesse. C'est une maison où j'irais tous les jours si je devais rester à Nantes. Je serais un grand fou, si je donnais ici au lecteur toutes les anecdotes curieuses et caractéristiques qui ont amusé la soirée: je publierai cela dans dix ans. Elles montrent la société sous un drôle de jour; et c'est bien pour le coup,si je succombais à la tentation de les hasarder devant le public, que je serais tout à la fois un légitimiste, un républicain farouche et un jésuite. Un de ces récits montre sous le plus beau jour le caractère juste du brave général Aubert Dubayet de Grenoble, qui vint en Vendée avec la garnison de Mayence; il fut ami intime de mon père. J'ai d'ailleurs de grandes objections contre les anecdotes qui n'arrivent pas bien vite à un mot plaisant, et qui s'avisent de peindre le coeur humain comme les anecdotes des Italiens ou de Plutarque: racontées, elles ne semblent pas trop longues; imprimées, elles occupent cinq ou six pages, et j'en ai honte. Du temps de Machiavel, ministre secrétaire d'État de la pauvre république de Florence, minée par l'argent du pape, on voulut envoyer un ambassadeur à Rome, sur quoi Machiavel leur dit. - S'io vo chi sta? S'io sto chi va? (Si j'y vais, qui reste ici? Si je reste, qui y va?) Notre féodalité contemporaine a-t-elle un mot comparable ? La liberté a donné de l'esprit aux Italiens dès le dixième siècle. Nantes, le 26 juin. Il m'a fallu voir les cinq hôpitaux de Nantes; mais comme, grâce au ciel, le présent voyage n'a aucune prétention à la statistique et à la science, j'en ferai grâce au lecteur, ainsi que dans les autres villes. Je saute aussi des idées que j'ai eues sur le paupérisme. La marine et l'armée devraient absorber tous les pauvres enfants de dix ans qui meurent faute d'un bifteck. (La France a autant d'habitants qu'elle peut produire ou acheter de fois quatre quintaux de blé. Il naît toujours dans un pays plus d'enfants qu'il n'en peut nourrir. La société perd la nourriture de tous les enfants qui meurent avant de pouvoir travailler. Le lecteur admet-il ces idées, qui à Rodez sembleraient de l'hébreu?) J'explique l'association de Fourier aux personnes qui me faisaient voir un de ces hôpitaux -- leur étonnement naïf. Le mérite non prôné par les prix Monthyon ou par les journaux reste inconnu à la province. De là, nécessité pour l'homme de mérite de venir à Paris, autrement il s'expose à réinventer ce qui est déjà trouvé. Saint-Pierre, la cathédrale de Nantes, fut construite, pour la première fois, en 555, et par saint Félix; rien ne prouve ces deux assertions. Des fouilles récentes ont montré qu'une partie de l'église s'appuie sur un mur romain; mais, dans l'église même, je n'ai rien vu d'antérieur au onzième siècle. Le choeur a été arrangé au dix-huitième, c'est tout dire pour le ridicule. Le féroce Carrier, scandalisé du sujet religieux qui était peint à la coupole, la fit couvrir d'une couche de peinture à l'huile que dernièrement l'on a essayé d'enlever. Le bedeau m'a fait voir une petite chapelle dont les parois ressemblent tout à fait à un ouvrage romain, ce sont des pierres cubiques bien taillées. La nef actuelle de Saint-Pierre fut bâtie vers 1434, et remplaça la nef romane qui menaçait ruine; mais les travaux s'arrêtèrent vers la fin du quinzième siècle, ce qui a produit l'accident le plus bizarre. La partie gothique de l'église étant infiniment plus élevée que le choeur qui est resté roman et timide, le clocher de l'ancienne église est dans la nouvelle. Mais n'importe; rien de plus noble, de plus imposant que cette grande nef. Il faut la voir surtout à la chute du jour et seul; immobile sur mon banc, j'avais presque la tentation de me laisser enfermer dans l'église. La révolution a ôté au caractère des bas-côtés en détruisant les croisillons des fenêtres Ce qui m'a le plus intéressé, et de bien loin, à Nantes, c'est le tombeau du dernier duc de Bretagne, François II, et de sa femme Marguerite de Foix, que l'on voit dans le transept méridional de la cathédrale. Il fut exécuté en 1507 par Michel Colomb, et c'est un des plus beaux monuments de la Renaissance. Il n'est peut-être pas assez élevé. On ne connaît que cet ouvrage de ce grand sculpteur, né à Saint-Pol-de-Léon. Les statues du prince et de sa femme sont en marbre blanc, et couchées sur une table de marbre noir; effet dur, mais qui par-là est bien d'accord avec l'idée de la mort telle que l'a faite la religion chrétienne. La mort n'est souvent qu'un passage à l'enfer. Quatre grandes figures allégoriques entourent le mausolée: la Force étrangle un dragon qu'elle tire d'une tour; la Justice tient une épée; un mors et une lanterne annoncent la Prudence; la Sagesse a un miroir et un compas, et le derrière de sa tête représente le visage d'un vieillard. Une grâce naïve, une simplicité touchante, caractérisent ces charmantes statues; surtout elles ne sont point des copies d'un modèle idéal toujours le même et toujours froid. C'est là le grand défaut des têtes de Canova. Le Guide, le premier, s'avisa, vers 1570, de copier les têtes de la Niobé et de ses filles. La beauté produisit son effet et enchanta tous les coeurs; on y voyait l'annonce des habitudes de l'âme que les Grecs aimaient à rencontrer. Dans le premier moment de transport, on ne s'aperçut pas que toutes les têtes du Guide se ressemblaient, et qu'elles ne présentaient pas les habitudes de l'âme qu'on eût aimées en 1570. Depuis ce peintre aimable, nous n'avons que des copies de copies, et rien de plus froid que ces grandes têtes prétendues grecques qui ont envahi la sculpture. Les draperies des statues de Nantes sont rendues avec une rare perfection. En France, je ne sais pourquoi, on s'est toujours bien tiré des draperies. Le lecteur se rappelle peut-être les draperies des statues placées à Bourges au portail méridional de la cathédrale. Quelle différence pour les plaisirs que nous devons à la littérature et aux beaux-arts, si l'on n'eût découvert l'Apollon, le Laocoon et les manuscrits de Virgile et de Cicéron qu'au dix-septième siècle, quand le feu primitif donné à la civilisation par l'infusion des barbares commençait à manquer! Les quatre figures de Michel Colomb sont belles, et toutefois on observe chez elles, comme dans les madones de Raphaël, fort antérieures à l'invention du Guide, une individualité frappante. Un de mes amis d'hier, qui avait la bonté de me servir de cicérone, me donne sa parole d'honneur, avec tout le feu d'un vrai Breton, que la statue de la Justice reproduit les traits de la reine Anne, adorée en Bretagne; les autres statues seraient également des portraits, je le croirais sans peine. Ce qu'il y a de sûr, c'est que l'expression de ces têtes a une teinte de moquerie assez piquante, et surtout bien française. Voici le mécanisme à l'aide duquel Michel Colomb a obtenu cet effet. Les yeux sont relevés vers l'angle externe, et la paupière inférieure est légèrement convexe à la chinoise. Ce n'est pas tout; ce mausolée est peuplé d'une quantité de petites statues en marbre blanc qui représentent les douze apôtres, Charlemagne, saint Louis, etc. La plupart de ces figurines sont admirables par la naïveté des poses et la vérité; un seul mot peindra leur mérite: elles sont absolument le contraire de la plupart des statues du temps présent. Le guindé fait jusqu'ici le caractère du dix-neuvième siècle. J'ai remarqué de petites pleureuses dont la tête est en partie couverte d'un capuchon. Les mains et les têtes sont en marbre blanc, les draperies en marbre grisâtre. Tous les soirs, pendant le reste de mon séjour à Nantes, lorsque mes affaires me l'ont permis, je n'ai pas manqué de venir passer une demi-heure devant cet admirable monument. Outre sa beauté directe, je pensais qu'il est pour la sculpture à peu près ce que Clément Marot et Montaigne sont pour la pensée écrite. (Il faut que je garde une avenue contre la critique, elle ne manquerait pas de s'écrier que Montaigne cite sans cesse les auteurs anciens; je parle, moi, de ce qu'il y a de vraiment français et d'individuel dans les idées et le style de Montaigne.) Hier soir, en rêvant devant les statues de Michel Colomb, je m'amusais à deviner par la pensée ce que nous eussions été si nous n'avions jamais eu ni peintre comme Charles Lebrun, ni guide littéraire comme La Harpe. Toutes ces médiocrités, qui sont les dieux des gens médiocres, nous eussent manqué si Virgile, Tacite, Cicéron et l'Apollon du Belvédère ne nous eussent été connus qu'en l'année 1700. Nous n'aurions point le Louis XIV de la Porte-Saint-Martin nu, orné de sa perruque, et tenant la massue d'Hercule; nous n'aurions pas même le Louis XIV de la place des Victoires, montant à cheval les jambes nues et en perruque; nous n'aurions point toutes les tragédies pointues de Voltaire et de ses imitateurs, fabriquées, ce qui est incroyable, à la prétendue imitation du théâtre grec, souvent un peu terne à force de simplicité. Notre théâtre ressemblerait à celui de Lope de Vega et d'Alarcon, qui eurent l'audace de peindre des coeurs espagnols. On appelle romantiques leurs pièces bonnes ou mauvaises, parce qu'ils cherchent directement à plaire à leurs contemporains, sans songer le moins du monde à imiter ce qui jadis fut trouvé bon par un peuple si différent de celui qui les entoure. (Voir Racine et Shakespeare, brochure de 1824. Depuis, on a abandonné le mot romantisme; mais la question n'a pas fait un pas, et ce n'est pas la faute du romantisme si jusqu'ici il n'a rien paru qui vaille le Cid ou Andromaque. Chaque civilisation n'a qu'un moment dans sa vie pour produire ses chefs-d'oeuvre, et nous commençons à peine une civilisation nouvelle. Je vois une exception à ce que dessus: Caligula, tragédie, fait connaître ce fou couronné, et les fous qui le souffraient.) Un prêtre de Nantes, homme de caractère, a eu l'idée hardie d'achever la cathédrale; on va démolir le choeur actuel qui est roman, et on en fera un nouveau, en copiant avec une exactitude servile l'architecture de la nef. J'aime la hardiesse de cette entreprise; mais cependant, toujours copier ce qui plaisait jadis à une civilisation morte et enterrée! Nous sommes si pauvres de volonté, si timides, que nous n'osons pas nous faire cette simple question: Mais qu'est-ce qui me plairait à moi? On meurt de faim à la table d'hôte de mon hôtel, si fier de son grand escalier de pierre et de sa belle architecture de Louis XV. Il y a des Anglais qui se servent avec une grossièreté déplaisante. Mais j'ai découvert un restaurateur fort passable vis-à-vis le théâtre: la maîtresse de la maison, jeune femme avenante, et d'un air simple et bon, vous donne des conseils sur le menu du dîner. Elle me raconte que mon grand hôtel fut fondé avec un capital réuni par des actions qui furent mises en tontine, il y a de cela une vingtaine d'années, et les survivants ne touchent encore que le cinq pour cent. Le grand café, à côté des huit grandes colonnes disgracieuses qui font la façade du théâtre, me plaît beaucoup; c'est le centre de la civilisation gaie et de la société des jeunes gens du pays, comme les cafés d'Italie. Je commence à y entrevoir l'excellente crème de Bretagne. J'y déjeune longuement, lisant le journal, et mon esprit est rallégré par les propos et les rires des petites tables voisines, déjà bien moins dignes qu'à Paris. Mais je serais injuste envers les jeunes gens de la haute société de Nantes si je ne me hâtais d'ajouter que ces messieurs portent la tête avec toute la raideur convenable, et cette tête est ornée d'une raie de chair trop marquée; mais ils ne viennent pas au café, ce qui est correct. « Avant 1789, me disait le comte de T..., un jeune homme bien né pour rien au monde n'aurait voulu paraître dans un café. » Quoi de plus triste de nos jours que le déjeuner à la maison, avec les grands-parents, et la table entourée de domestiques auxquels on donne des ordres et que l'on gronde tout en mangeant ? Pour moi, je ne m'ennuie jamais au café; mais aussi il a de l'imprévu, il n'est point à mes ordres.
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Ce matin à six heures, comme j'allais prendre le bateau à vapeur pour Paimboeuf et Saint-Nazaire, ce café sur lequel j'avais compté m'a présenté ses portes hermétiquement fermées. L'embarquement a été fort gai: le bateau à vapeur était arrêté au pied de cette ligne de vieux ormeaux qui donne tant de physionomie au quai de Nantes. Nous avions sept ou huit prêtres en grand costume, soutane et petit collet; mais ces messieurs, plus sûrs des respects, sont déjà bien loin de la dignité revêche qu'ils montrent à Paris. A Nantes, personne ne fait de plaisanteries à la Voltaire; lit-on Voltaire? Les abbés de ce matin parlaient avec une grande liberté des avantages et des inconvénients de leur état pour la commodité de la vie. Les environs de la Loire, au sortir de Nantes, sont agréables: on suit des yeux pendant longtemps encore la colline sur laquelle une partie de la ville a l'honneur d'être bâtie; elle s'étend en ligne droite toujours couverte d'arbres et s'éloignant du fleuve. Ces environs fourmillent de maisons de campagne; l'une d'elles, construite depuis peu sur un coteau au midi de la Loire, par un homme riche arrivant de Paris, fait contraste avec tout ce qui l'entoure. Ce doit être une copie d'une des maisons des rives de la Brenta: il y a du Palladio dans la disposition des fenêtres. L'arsenal d'Indret, où la marine fait de grandes constructions, donne l'idée de l'utile, mais n'a rien de beau. On aperçoit en passant de grands magasins oblongs, assez bas et couverts d'ardoises, et force bateaux à vapeur dans leurs chantiers; on voit s'élever en tourbillonnant d'énormes masses de fumée noire. Il y a là un homme d'un vrai mérite, M. Gingembre; mais, comme M. Amoros à Paris, il doit dévorer bien des contrariétés. Au total, ce trajet sur la Loire ne peut soutenir l'ombre de la comparaison avec l'admirable voyage de Rouen au Havre. En partant de Nantes, nous avions un joli petit vent point désagréable: à quelques lieues de Paimboeuf il a fraîchi considérablement; le ciel s'est voilé, le froid est survenu, et avec lui tous les désagréments de la navigation. La mer était très houleuse et très sale vis-à-vis de Paimboeuf. Pour essayer de voir la pleine mer, j'ai continué jusqu'à Saint- Nazaire. C'est un lieu où mon courage n'a guère brillé; il faisait froid, il pleuvait un peu, le vent était violent. A peine avions-nous jeté l'ancre, que nous avons vu arriver à nous, de derrière une jetée neuve tenant à un mauvais village garni d'un clocher pointu, une foule de petites barques faisant des sauts périlleux sur le sommet des vagues. A tous moments la pointe écumeuse des lames, qui se brisaient contre les bords, entrait dans ces bateaux. Je me suis représenté que puisqu'il pleuvait, je n'aurais à Saint-Nazaire, pour ressource unique, que quelque petit café borgne, sentant l'humide et la pipe de la veille. Impossible de se promener, même avec un parapluie. Ce raisonnement était bon, mais il avait le défaut de ressembler à la peur; ce dont je ne me suis pas aperçu. J'ai répondu au capitaine, qui m'offrait le meilleur bateau, que je ne descendrais pas; ma considération a baissé rapidement, d'autant plus rapidement, que j'avais fait des questions savantes à ce capitaine, qui m'avait pris pour un homme de quelque valeur. Plusieurs femmes, mourant de peur, se décidaient successivement à s'embarquer, et, enfin je suis resté seul avec un vieux curé et sa gouvernante. Le curé était tellement effrayé, qu'il s'est fâché tout rouge contre le capitaine, qui cherchait à lui prouver qu'il n'y avait pas de danger à descendre dans un bateau pour débarquer. J'avoue que le rôle que je jouais pendant cette discussion n'était pas brillant. J'ai passé là une heure sur le pont, à regarder la pleine mer avec ma lorgnette, ayant froid, et tenant avec grand peine mon parapluie ouvert, appuyé contre des cordages. Le bâtiment dansait ferme, et donnait de temps à autre de grands coups sur le câble qui le retenait. La mer, les rivages plats et les nuages, tout était gris et triste. Je lisais, quand j'étais las de regarder, un petit volume in-32, le Prince, de Machiavel. Enfin les passagers sont venus se rembarquer; le jeune vicaire du curé effrayé avait sauté des premiers dans une barque pour descendre à Saint-Nazaire, ne doutant pas d'être suivi par son patron. Il fallait voir sa figure au retour: la barque qui le ramenait était encore à quarante pas du bateau à vapeur, que déjà il faisait des gestes d'excuse mêlés de gestes de surprise les plus plaisants du monde. Il voulait dire qu'il avait été surpris de ne pas voir arriver son curé, et qu'il ne s'était embarqué que dans la conviction d'être suivi par lui. Au moment où le petit vicaire s'épuisait en gestes, une lame s'est brisée contre sa barque, et a rempli d'eau son chapeau tricorne qu'il tenait à la main. Je me suis rapproché pour être témoin de l'entrevue. Le vieux curé était fort rouge, et s'est écrié au moment où le vicaire allait parler: Certainement je n'ai pas eu peur, etc. Ce mot a décidé de la couleur du dialogue: c'était le curé qui s'excusait; la figure du vicaire s'est éclaircie aussitôt. |
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Nous sommes revenus vis-à-vis de Paimboeuf. Comme le bateau s'arrêtait quelques minutes, je suis descendu, et j'ai couru la ville; j'avais toutes les peines du monde à maintenir mon parapluie contre le vent. Cette ville est composée de petites maisons en miniature, fort basses, fort propres, et qui ont à peine un premier étage: on se croirait dans un des bourgs situés sur la Tamise, de Ramsgate à Londres. Je suis rentré bien mouillé dans le bateau; je me suis consolé avec du café. Une heure après le temps s'est éclairci, les nuages ont pris une belle teinte de rouge, et nous avons eu une soirée superbe pour notre retour à Nantes. J'ai trouvé les maisons de campagne beaucoup plus belles que le matin J'ai remarqué un costume national parmi les paysannes qui étaient aux secondes places. Les paysans sont vêtus de bleu, et portent de larges culottes et de grands cheveux coupés en rond à la hauteur de l'oreille, ce qui leur donne un air dévot. Un monsieur fort âgé, qui s'est embarqué à Paimboeuf, et qui parle fort bien de la Vendée, me raconte que le 29 juin 1793 cinquante mille Vendéens, sous les ordres de Cathelineau, qu'ils venaient d'élire général en chef pour apaiser les jalousies des véritables généraux, attaquèrent Nantes, où commandaient Canclaux et Beysser. L'attaque eut lieu par la rive droite de la Loire; le combat commença sur neuf points à la fois, il y eut de part et d'autre des prodiges de valeur. Enfin l'artillerie républicaine, que les canonniers vendéens, simples paysans, ne surent pas démonter, fit un ravage horrible dans les rangs de ces braves gens: repoussés de toutes parts, Ils opérèrent leur retraite emportant avec eux leur général en chef, Cathelineau, blessé à mort. Dans cet assaut, la garde nationale de Nantes se montra très ferme. La guerre civile dura encore assez longtemps dans ces environs, et ne finit que le 29 mars 1795, jour où Charrette fut fusillé à Nantes; il y eut d'étranges trahisons que je ne veux pas raconter, et que d'ailleurs je connais depuis trois jours. J'écoutais ce récit avec d'autant plus d'intérêt, que, quoi que ce monsieur voulût dire, il était évident pour moi, par plusieurs particularités, que j'avais affaire à un témoin oculaire. Je ne lui ai point caché qu'un des meneurs de la Convention, qui venait souvent chez mon père, nous avait dit plusieurs fois qu'à deux époques différentes, et dont il donnait la date précise, la Vendée avait pu marcher sur Paris et anéantir la République. Il ne manqua à ce parti qu'un prince français, qui se mit franchement à sa tête, en imitant d'avance madame la duchesse de Berry. ------------*--*--*-------------- Lire la suite sur le site de la BNF. Copyright (C) 1999 Association de Bibliophiles Universels http://abu.cnam.fr/ |
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